Votation

Au Tessin, le rêve d’un deuxième parc national s’est envolé

Après une campagne forte en émotion, six des huit communes concernées ont voté contre le Parc national du Locarnese

Après vingt ans de discussion et l’échec du parc Adula en 2016, la Suisse enterre de nouveau le projet d’un deuxième parc national, pour compléter celui des Grisons. Six communes sur les huit qui auraient constitué le Parc national du Locarnese (PNL) et consacré ainsi l’une des plus vastes régions sauvages d’Europe ont dit non: Brissago, Losone, Centovalli, Ronco sopra Ascona, Onsernone et Terre di Pedemonte. Seules Ascona et Bosco Gurin ont voté en faveur du projet.

«Nous y avons cru jusqu’au bout»

A l’hôtel Primavera de Brissago, où les opposants s’étaient réunis dans l’attente des résultats, les cris de joie fusent. Renato Pedroni, secrétaire du comité pour le non, savoure la victoire: «Les gens sont capables de discernement. Ce parc nous aurait coûté davantage que ce qu’il nous aurait rapporté. Nous n’avons pas besoin d’un parc national pour bénéficier de fonds de la Confédération.» Pour celui qui a mené la campagne contre le parc, la satisfaction n’est pourtant pas totale: «Je ressens aussi de la tristesse par rapport à toute cette énergie et ces 12,7 millions de francs gaspillés en études de toutes sortes ces dernières années. Ces ressources auraient pu venir directement en aide aux gens des vallées.»

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En revanche, au quartier général du camp du oui, dans la vallée d’Onsernone, c’est la tristesse et la désolation. Présidente du conseil du PNL, Tiziana Zaninelli ne cache pas son amertume: «Nous y avons cru jusqu’au bout et nous avons beaucoup travaillé sur ce projet. La campagne du non, très dure, a misé sur les peurs, souvent infondées.»

Même son de cloche chez Mauro Fiscalini, du mouvement Habitants pour le parc. «La campagne du non a été démagogique. Ceux qui ont voté contre assument une grande responsabilité envers les vallées pauvres qui auraient bénéficié du PNL. C’est comme si l’on venait de jeter 50 millions de francs par la fenêtre.»

La crainte d’une perte de liberté

Ce vote met fin à des mois d’une campagne très animée. La crainte de la population de perdre la liberté dont elle jouit actuellement l’a emporté, notent les observateurs. Si le oui avait gagné, une soixantaine de kilomètres carrés inclus dans le parc (sur un total de 128 km2) aurait disposé d’un statut de protection renforcée où chasser, pêcher, pratiquer la sylviculture, sortir des sentiers, circuler à vélo, cueillir des baies, plantes, fleurs, champignons et minéraux (sauf pour motif scientifique) auraient été interdits.

En cas de victoire du oui, les huit communes et 12 patriciats (bourgeoisies) concernés par le PNL auraient bénéficié de 52 millions de francs pour valoriser leur territoire, sur dix ans. Les promoteurs du parc du Locarnese prévoyaient des retombées économiques de 200 millions de francs, ainsi que la création de 20 emplois directs et 200 postes de travail indirects.

Avec le double échec d’Adula, à cheval sur le Tessin et les Grisons, et du Locarnese, la perspective de créer un second parc national en Suisse s’éloigne durablement, notent les connaisseurs du dossier.

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