Pour les 246 parlementaires fédéraux et la cohorte de journalistes qui les accompagne, le franchissement de la barrière alpine s'est traduit lundi par un authentique changement de saison. Ils ont été accueillis à Lugano par un soleil radieux et le programme relativement léger de la première journée – une multitude d'interventions individuelles relevant du département de Moritz Leuenberger – ne les a de loin pas tous retenus dans la salle du Palais des Congrès. Malgré le choc de la votation de dimanche, l'humeur était plutôt à la balade et à la découverte de la ville qui leur servira d'écrin politique durant ces trois prochaines semaines.

Si le parlement a fait le déplacement du Tessin, ce n'est toutefois pas pour y passer trois semaines de vacances, «mais pour faire revivre l'esprit confédéral et ouvrir les yeux sur la réalité complexe de la minorité italophone», a souligné le président du Conseil national, Peter Hess. Comprendre la Suisse italienne, mais aussi se faire comprendre par elle: cette double volonté s'est par exemple concrétisée par les efforts de Christine Beerli (rad./BE), qui, lundi soir au Conseil des Etats, a pris la peine d'expliquer en italien pourquoi il fallait voter un arrêté fédéral urgent pour corriger un oubli, à savoir l'extension de l'âge de la retraite des femmes (63 ans) au deuxième pilier (lire ci-dessous).

Cette volonté a aussi transpiré de l'inauguration officielle de la session. Lors de cette cérémonie, le maire de Lugano Giorgio Giudici, la présidente du Conseil d'Etat tessinois Marina Masoni, Peter Hess et sa consoeur du Conseil des Etats Françoise Saudan ont tour à tour souligné l'intérêt réciproque des parlementaires fédéraux et de la population tessinoise à mieux se parler par-dessus le Gothard. «Un pays comme la Suisse a parfois besoin de vivre des moments institutionnels forts, surtout lorsque les changements mettent la cohésion nationale à rude épreuve», déclare Marina Masoni.

Initiative tessinoise rejetée!

Les Tessinois ont ainsi tout lieu de se réjouir de la présence du parlement fédéral sur leur territoire. Ils seront cependant restés perplexes en découvrant que le premier thème traité par le National lundi après-midi a débouché sur le… refus d'une initiative émanant de leur propre canton! La Chambre du peuple a en effet commencé ses travaux par l'examen d'un projet de fonds de cohésion nationale proposé simultanément par les cantons des Grisons, du Valais, de Schaffhouse et du Tessin. Inquiets pour l'avenir du service public dans les régions périphériques, ils souhaitent que les recettes et dividendes de la Confédération réalisés par La Poste, les CFF et Swisscom soient versés dans un fonds permettant de financer la reconversion professionnelle et l'innovation dans les régions excentrées. C'était sans doute une bonne idée de mettre cette proposition en ouverture de la session consacrée à la cohésion nationale. Le hic, c'est que le Conseil national, suivant ainsi le Conseil des Etats, a rejeté ces quatre initiatives cantonales, dont, bien sûr, celle du Tessin, par 77 voix contre 60. «C'est un peu stupide de commencer comme ça», confiait un parlementaire en aparté. En compensation, la Chambre du peuple a accepté une motion qui exige que la libéralisation des anciennes régies publiques s'accompagne de la garantie de la desserte nationale.

Si la première journée a été relativement peu chargée, le programme de ces prochains jours est cependant plus fourni et il pourrait s'étoffer encore si le Bureau du National accepte les interpellations urgentes qui ont été déposées lundi.

Vache folle au programme

Trois de ces interpellations demandent un débat sur le dépistage de la vache folle, la réorientation de la production de viande en Suisse, l'indemnisation des producteurs touchés et l'instauration de mesures urgentes en faveur de la filière carnée indigène. Elles émanent de l'écologiste Fernand Cuche, de l'UDC et du groupe libéral. L'UDC réclame aussi une discussion urgente sur les finances fédérales et la fiscalité.