Tessin

Au Tessin, un nouveau centre pour migrants, et pour une nuit

A Rancate, vers Mendrisio, une nouvelle structure unique et temporaire pour migrants sans papiers sur le point d'être renvoyés en Italie ouvrira ses portes d'ici au 28 août. Malgré l'opposition de la Lega et de l'UDC

Nous sommes dans la zone industrielle de Rancate, un quartier de 1620 habitants situé dans la commune tessinoise de Mendrisio, au pied du Mont San Giorgio. C’est ici, dans un hangar désaffecté, apparemment en bon état, entouré des sièges locaux de Suzuki Marine et Peugeot, et du bar-restaurant La Trinita que seront accueillis les migrants sans papiers venant d’Italie arrêtés à la frontière de Chiasso.

Une grue et des camions de l’armée chargés de matériaux sont stationnés près de la structure blanche et bleue plus ou moins grande comme une piscine olympique. Des militaires en tenue de camouflage et des gens de la protection civile au dossard jaune fluo couvrent d’un plastique kaki opaque le grillage délimitant le terrain de la nouvelle structure d’accueil. Depuis mardi, ils sont à l’œuvre pour adapter l’endroit aux besoins et d’ici le 28 août, le centre devrait être opérationnel.

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«Un centre temporaire»

«Il s’agit d’un centre temporaire pouvant accueillir 150 personnes, explique Renato Pizolli, commandant de l’État-major cantonal pour l’immigration en charge du site. Un repas et le gîte pour une nuit seront offerts aux migrants en séjour illégal en Suisse qui ne veulent pas demander l’asile politique, et qui en vertu des accords de Dublin, seront reconduits auprès des autorités italiennes compétentes.»

Cette structure unique remplacera les trois refuges – des bunkers – de la Protection civile utilisés jusqu’à présent pour remplir cette même fonction. Centralisée, plus accessible, elle facilitera la logistique et la vie des gardes-frontières, déjà débordés avec des centaines de migrants sans papiers arrivant à la gare frontalière de Chiasso chaque jour depuis des mois. Entre les 8 et 14 août seulement, ils étaient 1767. Ceux qui souhaitent l’asile sont pris en charge par le Secrétariat d’État aux migrations.

Des fenêtres, un cadeau

«Nous avons accepté cette solution, proposée par le conseiller d’État responsable des Institutions, Norman Gobbi (Lega), car nous ne pouvons nous soustraire à cette responsabilité humanitaire», explique Carlo Croci, le maire PPD de Mendrisio. A Rancate, les migrants seront reçus plus dignement que dans les refuges actuels, ajoute-t-il. Dans le nouveau centre, financé par le canton et la Confédération, ils auront notamment droit à des fenêtres.

«Les personnes seront rassemblées par communauté, les femmes et les hommes auront chacun leur espace, les mineurs seront regroupés», poursuit le maire de Mendrisio qui admet qu’avant que le concept du centre soit bien expliqué à la population, une certaine anxiété prévalait à Rancate. Celle-ci a été apaisée par une communication efficace des autorités, garantissant la sécurité, tant sanitaire que physique. Les migrants seront enfermés dans la structure laquelle sera sécurisée.

La décision d’accueillir sur son territoire le centre unique d’accueil d’une nuit a été prise à l’unanimité au conseil communal de Mendrisio. Mais même si le conseiller léguiste Daniele Caverzasio a entériné le projet, la section locale de la Lega dei Ticinesi ne voit pas celui-ci d’un œil favorable. Avec l’appui de l’UDC de Mendrisio, elle a d’ailleurs entrepris de récolter des signatures contre son ouverture.

Des années pour les écoles et les EMS

Pour Stefano Tonini, coordinateur des Jeunes léguistes de Mendrisio, l’idée d’une unité pour recevoir les migrants pour une seule nuit est «insoutenable». La région ne peut sacrifier des ressources qui devraient plutôt être destinées aux citoyens aux prises avec des difficultés liées au marché du travail local, estime-t-il. «Au Tessin, des centres d’accueil pour migrants sont construits en quelques semaines, alors que pour les écoles et les EMS, il faut patienter des années», s’insurge-t-il.

La Lega et l’UDC de Mendrisio ont été accusées par les autres partis de semer la xénophobie chez les habitants, diffusant des idées infondées sur les migrants. Même Norman Gobbi a demandé aux siens de baisser le ton. En réaction, un groupe interpartis, l’Autre Mendrisio, s’est constitué pour faire entendre un son de cloche différent, et créer un réseau de volontaires et d’associations afin d’aider les autorités sur place à garantir un accueil digne aux hôtes temporaires de Rancate.

Chef du groupe parlementaire libéral démocrate au Conseil communal et protagoniste de l’Autre Mendrisio, Giovanni Poloni souligne l’importance de bien informer la population. «Les gens ont tendance à faire l’amalgame entre terrorisme et migrants, et la Lega surfe sur ce sentiment de peur.» Les résidents ne veulent pas non plus se retrouver avec une «jungle de Calais» à leur porte, fait-il valoir. Mais le conseiller d’Etat Norma Gobbi a promis sécurité et dignité, et Giovanni Poloni lui fait confiance.


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