Conseil fédéral

Le Tessin uni derrière Ignazio Cassis

Le PLR tessinois serre les rangs derrière son candidat le plus prometteur. Cette stratégie du choix unique pourrait aviver les appétits en Suisse romande

Dans une atmosphère de landsgemeinde s’étant déroulée sous un soleil de plomb à Breggia dans le Mendrisiotto, le PLR tessinois a désigné Ignazio Cassis comme son candidat unique au Conseil fédéral. L’assemblée des délégués a très vite tourné au cavalier seul du chef du groupe PLR à Berne, plébiscité plutôt qu’élu. Plus que jamais, le Tessin est uni derrière son poulain. Uni comme un seul homme.

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D’emblée, la direction du PLR tessinois a imposé sa stratégie du risque minimal. «Une candidature unique est la plus prometteuse. Toute autre stratégie disperserait les voix et affaiblirait celle de notre meilleur représentant», a souligné le président du PLR tessinois Bixio Caprara. Pour celui-ci, il s’agit de mettre un terme à l’absence du Tessin au Conseil fédéral, qui se prolonge depuis 18 ans. «Il est indispensable que la Suisse respecte l’article 175 de la Constitution fédérale stipulant que toutes les régions du pays doivent être représentées au Conseil fédéral de manière équitable», a-t-il ajouté.

Hormis le grand favori, les deux candidats qui s’étaient aussi mis à disposition, l’ex-conseillère d’Etat Laura Sadis et son successeur à la Direction des finances et de l’économie Christian Vitta, se sont vite ralliés à cette stratégie. La première a renoncé à jouer la carte féminine. «J’ai toujours respecté les décisions du parti», a-t-elle brièvement expliqué. Quant à Christian Vitta, qui avait pourtant déclaré son intérêt pour le poste sur trois pages dans le Blick, il a lui aussi baissé pavillon. «Notre but à tous est de retrouver un siège au Conseil fédéral. Il faut donc choisir le meilleur candidat d’entre nous». A l’évidence, de son avis également, c’est Ignazio Cassis.

Soutien unanime des Tessinois

Dans ce contexte, la présidente du PLR luganais Giovanna Viscardi, qui s’exprimait à titre personnel, a été bien seule à contester la stratégie de la direction de son parti. «J’ai des doutes quant à une candidature unique, qui présente de plus grands risques qu’un ticket à trois. Nous avons plusieurs personnalités de valeur, autant les lancer toutes dans la course», a-t-elle lancé tout en assurant que sa proposition n’était en rien un vote de défiance envers Ignazio Cassis.

Son portrait: Ignazio Cassis, un favori qui n’a pas tout pour plaire

Mais les délégués ne l’ont pas suivie, préférant tout miser sur Ignazio Cassis, «un homme de science capable de résoudre des problèmes complexes». L’ex-médecin cantonal tessinois, arrivé sous la Coupole en 2007, avait essuyé un échec en 2010 lorsqu’il avait tenté de succéder à Hans-Rudolf Merz. Mais aujourd’hui, les augures lui sont beaucoup plus favorables. A Berne, il a pris du galon en tant que chef de groupe PLR. Certes, il souffre de son image de lobbyiste des caisses maladie dont l’a affublé la gauche, mais il a aussi prouvé son indépendance d’esprit lorsqu’il a quitté la tête de la FMH à la suite d’une divergence de vue sur la question des soins intégrés.

Une Suisse qui exclut l’italianité n’est plus la Suisse

Ignazio Cassis

Il peut donc désormais compter sur un soutien sans failles dans son canton. Arborant une croix blanche sur un t-shirt rouge, ému devant l’ovation que lui a réservée l’assemblée, il s’est incliné, la main sur le cœur. Après la décision de Didier Burkhalter de démissionner, il avoue avoir un peu douté: «J’ai craint de perdre ma liberté, d’étouffer dans cette seconde peau dont a parlé Didier Burkhalter en tant que conseiller fédéral». Mais après avoir consulté son épouse, Ignazio Cassis a pris la décision de saisir «l’opportunité de contribuer à façonner l’avenir du pays». Il se réjouit d’y représenter le Tessin: «C’est une question culturelle. Notre pays s’est construit sur la diversité de toutes ses régions. Une Suisse qui exclut l’italianité n’est plus la Suisse.»

La question féminine oubliée

Pas une seconde, l’assemblée du PLR tessinois ne s’est posé la question de la représentation des femmes au Conseil fédéral, et surtout pas de celles de leur propre parti, qui elles attendent depuis 28 ans de retrouver un siège au Conseil fédéral. La crainte d’une candidature venue de Suisse romande – qu’elle soit féminine ou non – n’a joué aucun rôle dans la discussion. De toute façon, au sud des Alpes, il y a longtemps que l’on n’attend plus rien de la solidarité latine. «Celle-ci n’est évoquée par les Romands que lorsqu’elle leur profite», s’est irrité un délégué. Plus mesuré dans son costume gouvernemental, Christian Vitta a souri: «Dans une course au Conseil fédéral, on ne se fait plus de cadeaux lorsqu’on arrive dans les cent derniers mètres.»

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Le PLR tessinois n’a pas ainsi saisi la perche tendue par le président d’Helvetia latina Jacques-André Maire l’incitant à présenter un ticket uniquement tessinois au groupe PLR. L’avenir dira si la stratégie décidée ce mardi est la bonne. Présidente du PLR national, Petra Gössi a exclu que son groupe n’offre pas un ticket à l’assemblée fédérale. Dès lors, le Tessin prend le risque d’ouvrir un boulevard à une candidature romande. Dans la constellation actuelle, seule une femme pourrait constituer un danger pour Ignazio Cassis. Tous les regards se braquent donc sur la décision qu’ont décidé de prendre en commun la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro et la conseillère nationale Isabelle Moret.

Dossier
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