Environnement

Le Tessin veut plus d’eau dans ses rivières

Pêcheurs et défenseurs de la nature saluent la décision «historique» d’augmenter les débits minimaux des cours d’eau. Les sociétés d’hydroélectricité protestent

Un «acte de réconciliation avec notre écosystème, une nouvelle dignité pour nos rivières». C’est ce qu’entend réaliser le chef du Département du territoire, le léguiste Claudio Zali, en renflouant les eaux des grandes rivières tessinoises: Ticino, Brenno et Maggia. Jeudi à Bellinzone, le gouvernement cantonal a annoncé sa volonté d’augmenter les débits de ces cours d’eau, qui souffrent de la chaleur. Le Grand Conseil devra donner son aval.

Il s’agit là d’une «décision historique», une première nationale qui pourrait faire des émules, estime le Conseil d’Etat. En conséquence, les trois sociétés d’hydroélectricité tessinoises (deux privées et une d’Etat) produiraient 4% d’hydroélectricité en moins. Le manque à gagner, soit quelque 5 millions de francs annuels, leur serait indemnisé, avec une participation de la Confédération à hauteur de 65%.

Un gros coup contre la production hydroélectrique

Directeur des Forces motrices de la Maggia (Ofima), Marold Hofstetter est «amèrement déçu» de la décision du Département du territoire. «Cela fait presque vingt ans que le canton étudie la question des débits résiduels [ceux qui subsistent après un ou deux prélèvements, ndlr] en collaboration avec nous. Sa conclusion nous désole énormément.» Il juge la décision de quadrupler les débits résiduels minimaux «exagérée». «Avec moins d’eau, les mêmes bénéfices environnementaux pourraient se vérifier», avance-t-il.

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«Financièrement, nous ne ferons pas de grandes pertes, reconnaît Marold Hofstetter, mais je me préoccupe pour mes actionnaires, les grandes entreprises d’hydroélectricité du pays, comme Alpiq et Axpo.» Si la manœuvre tessinoise devait faire école en Suisse, ce serait un gros coup contre la production hydroélectrique, affirme-t-il.

Compétence contestée

«Il s’agirait d’ailleurs d’une évolution qui irait clairement à l’encontre de la Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral, qui promeut les énergies renouvelables.» De plus, l’Ofima et les Forces motrices de Blenio (Ofible) font valoir que le gouvernement n’a pas les compétences pour décider d’augmenter les débits résiduels minimaux. Un possible recours de leur part est en cours d’évaluation.

En revanche, Urs Lüchinger, président de la Fédération tessinoise pour l’aquaculture et la pêche, souligne que les 5000 pêcheurs du canton, et probablement la majorité des Tessinois, sont satisfaits. Il rappelle par ailleurs que la loi fédérale sur la protection des eaux exige de telles mesures. «Depuis trente ans, nous nous battons pour cela aux côtés des environnementalistes. Il fallait bien qu’un canton fasse le premier pas.»

Plus une truite dans le dernier tronçon de la Maggia

«Honte à elles si l’Ofible et l’Ofima font recours, ajoute le lobbyiste de la pêche. Ces gens ne voient pas sur le terrain les conséquences désastreuses des prélèvements d’eau, combinés au réchauffement climatique.» Dans le dernier tronçon de la rivière Maggia, avant qu’elle ne se déverse dans le lac Majeur, il n’y a plus une truite. Un exemple que l’on retrouve sans doute ailleurs, soupçonne Urs Lüchinger.

Pour ce géologue de profession, les problèmes hydrogéologiques que posent les faibles débits résiduels sont multiples: «Les rivières alimentent la nappe phréatique, source de notre eau potable. Lorsqu’il y a peu d’eau, les micropolluants prennent plus d’importance. Quand il y en a en plus grande quantité, ils se diluent davantage. Pour la zone alluviale et la flore aquatique aussi le niveau d’eau est déterminant.»

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