C’est l’heure pour le Tessin de retourner au Conseil fédéral: tel est le sentiment diffus qui prédomine en Suisse italienne, et la démission de Pascal Couchepin est vue comme une chance à ne pas laisser passer, la première grande occasion peut-être depuis le départ de Flavio Cotti en 1999.

«Nous ressentons cette longue absence du gouvernement, pas seulement les milieux politiques, mais aussi la population qui a du mal à s’identifier avec la politique fédérale», explique Luigi Pedrazzini, conseiller d’Etat PDC chargé des institutions et vice-président du gouvernement cantonal.

Cette lointaine Berne

Les dernières votations ont ainsi été interprétées comme l’expression de ce sentiment d’une Berne «lointaine», peu préoccupée par les problèmes de sa minorité italophone. «Avoir un représentant au Conseil fédéral raccrocherait davantage le Tessin à la Suisse», estime Luigi Pedrazzini. Le pays entier en profiterait, selon le ministre PDC. «Une présence tessinoise permettrait au gouvernement d’avoir une vision plus complète de la Suisse et de ce qui se passe au sud des Alpes, Italie comprise.»

Cela aiderait peut-être à faire fondre cette méfiance que les Tessinois éprouvent à l’égard des autorités fédérales et de l’étranger, espère le directeur de la Chambre de commerce Luca Albertoni. Moins tranché dans ses revendications que les milieux politiques, le monde économique suisse italien réclame «un Latin» pour succéder à Pascal Couchepin, «et non pas coûte que coûte un Tessinois, mais tant mieux si c’en est un!» dit Luca Albertoni.

Une position nuancée qui reflète peut-être le réalisme des Tessinois: «Tout en aspirant, depuis dix ans, à une place au Conseil fédéral, ils ont néanmoins conscience que ce n’est pas un droit naturel», note Oscar Mazzoleni, directeur de l’Observatoire de la vie politique du Tessin.

«La partie s’annonce difficile»

On a aussi l’impression qu’ils n’y croient pas vraiment. Dans un sondage en ligne de La Regione, encore en cours, une forte majorité des lecteurs pensent que le Tessin a peu, voire aucune chance de décrocher ce siège. «La partie s’annonce difficile, les papables romands ne manquant pas», commente un éditorialiste de ce quotidien. Tessinois ou romand, il ne suffit plus aujourd’hui de le revendiquer pour s’imposer au Conseil fédéral, et la population l’a compris.

«Avec la remise en question de la formule magique et la polarisation politique, le profil politique et l’appartenance partisane comptent désormais plus que l’appartenance régionale ou linguistique», analyse Oscar Mazzoleni. Cela signifie qu’aucun candidat tessinois ne peut compter sur un consensus large au-delà des clivages politiques, même dans son canton.

«En tant que démocrate-chrétien, je sens la nécessité d’être représenté d’abord par un démocrate-chrétien et seulement ensuite par un Latin», affirme ainsi le président du PDC tessinois, la deuxième grande force du canton aux côtés du PLR.

La carte Fulvio Pelli,malgré tout?

Ce parti n’a pas encore avancé de papable, mais le président du PDC Suisse Christoph Darbellay l’a fait à sa place, proposant par exemple le conseiller d’Etat Luigi Pedrazzini, lequel commente laconiquement: «Fulvio Pelli est le Tessinois qui a le plus de chances» (lire aussi ci-contre).

Bénéficiant d’une bonne réputation en Suisse italienne, le président du Parti libéral-radical (PLR) sort comme le grand favori parmi tous les papables dont les noms circulent. Le seul problème, c’est qu’il ne veut pas, ou pas encore: «Il se trouve dans une position ambivalente: il doit imposer son parti et s’imposer individuellement, une situation qui pourrait devenir contradictoire, voire conflictuelle», commente le politologue Oscar Mazzoleni.

Le PLR tessinois espère encore lui faire changer d’avis. Aujourd’hui jeudi, sa direction va vraisemblablement soumettre aux délégués une demande formelle lui demandant de revenir sur sa décision et de se lancer dans la course.