Portrait

La Tessinoise Greta Gysin entend vraiment compter à Berne

A 36 ans, dont déjà douze dans les institutions, elle sera la première Verte de l’histoire de la Suisse italienne à siéger au National. Avec les 27 autres députés de son parti, elle veut changer la façon de faire de la politique et a soutenu Marina Carobbio pour les Etats

Elle est jeune, intelligente et charismatique. Et elle vient d’être élue comme première Verte du Tessin au Conseil national. Greta Gysin savait qu’un siège pour les Verts de son canton était envisageable, mais elle n’aurait pas parié sur un tel succès. Sur les huit députés tessinois de la Chambre basse, elle a raflé la place de la léguiste Roberta Pantani. «L’équilibre de notre députation s’est déplacé vers nos sensibilités», sourit-elle, sirotant sa verveine au bistrot de la gare de Bellinzone, entre deux trains.

Née en 1983, la Tessinoise a grandi au sud du canton, dans le Mendrisiotto, où se sont installés ses parents, venus de Suisse alémanique. Dans la famille – elle a un frère jumeau et une sœur aînée – elle est la seule à faire de la politique. «Mais mes valeurs, respect du prochain, de l’environnement et appréciation de ce qu’on a, viennent de mon éducation», précise-t-elle. Déjà au secondaire, élève brillante qui n’a pas peur de dire ce qu’elle pense, y compris aux professeurs, elle participe au parlement étudiant.

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Etre mère, aussi

En 2007, à 23 ans, elle est élue pour les Verts au Grand Conseil tessinois. A l’époque, celui-ci compte 11 femmes sur 90 parlementaires. Etre considérée par ses pairs, outre son apparence physique, est loin d’être évident. Elle se construit néanmoins une crédibilité et y siège jusqu’en 2015. Chemin faisant, elle obtient son diplôme en sciences politiques à Zurich, fonde le groupe des Jeunes Verts tessinois et coordonne les Jeunes Verts suisses.

Après une expérience comme cheffe de projet dans le domaine des énergies renouvelables, en 2017, elle devient responsable régionale chez Transfair, le syndicat des salariés du service public. D’ici à la fin de l’année, elle entend abandonner son travail à 80% à Zurich et rentrer au Tessin. «J’ai un fils de 5 ans et des jumelles de 2 ans. Ce serait difficile d’avoir un poste à responsabilités, être députée à Berne et à la fois incarner la mère que je souhaite être.»

Aujourd'hui, avec 28 sièges, qu'apporteront les Verts au National? «L'électorat ne souhaite pas seulement une autre politique environnementale, il veut une façon de faire de la politique moins liée aux dogmes et à l'idéologie, plus pragmatique et constructive», estime Greta Gysin. En témoigne aussi la victoire de Marina Carobbio aux Etats dimanche dernier, qui a devancé de 45 voix seulement le PDC Filippo Lombardi, grand favori qui y siégeait depuis deux décennies, souligne-t-elle.

«L'actuelle présidente du Conseil national sera la première femme représentant le Tessin à la Chambre haute en 171 ans.» Après les autres succès cantonaux et ceux, potentiels, à Bâle-Campagne et en Argovie le week-end prochain, ce vote historique est très satisfaisant, considère-t-elle. «Marina Carobbio est non seulement la première sénatrice tessinoise à Berne, mais elle est aussi la première environnementaliste aux Etats.» La socialiste n'a pas été élue parce qu'elle était une femme, mais surtout «parce que c'est une femme ultra compétente qui a l'étoffe d'une conseillère fédérale.»

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Parmi les priorités de Greta Gysin, comme syndicaliste, figure bien sûr la protection des travailleurs. Elle est d’ailleurs à l’origine d’une initiative réclamant un salaire minimum au Tessin. «Notre canton souffre énormément de la libre circulation des personnes; la pression sur les salaires est extrême et l’on constate des abus criminels très graves. Des mesures d’accompagnement plus incisives sont indispensables», affirme-t-elle, faisant valoir que des dispositions extraordinaires pour les régions frontalières pourraient être imaginées.

Un autre dossier qui lui tient à cœur: la parité entre les genres. «Ça me fâche qu’en 2019 des politiciens et des partis ne considèrent encore pas problématique qu’une femme gagne un salaire inférieur à cause de son sexe.» Ses sources d’inspiration? «Toutes celles qui se sont battues dans divers domaines, à différentes époques. Je leur suis reconnaissante. Quand je suis dans une situation difficile, je pense aux suffragistes et aux obstacles qu’elles ont dû surmonter. Maintenant, c’est à nous de parcourir la dernière ligne droite en matière d’égalité.»

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Bio, local et de saison

Pour contrer les changements climatiques, il faut modifier nos habitudes, plaide Greta Gysin. Dans sa vie privée, elle utilise les transports publics de façon prioritaire. «Je n’ai pas de voiture; si c’est vraiment nécessaire, j’en emprunte une à des proches ou j’ai recours à l’autopartage via Mobility.» Depuis des années, elle ne prend pas l’avion. Sa consommation, elle la modère, achetant volontiers de deuxième main, et ses vêtements sont durables, tant socialement qu’au niveau de l’environnement.

Son alimentation? Elle mange bio, local et de saison. La viande et le poisson, seulement en fin de semaine, éventuellement. Elle produit même son propre détergent. «J’économise ainsi des contenants et des sous.» Mais les comportements individuels ne suffisent pas, souligne-t-elle. «L’urgence climatique, ce n’est pas de la faute des consommateurs, mais celle d’un système dont il faut changer les règles, à travers la politique.» A Berne, la Tessinoise jure faire de son mieux.


Profil

2007 A 23 ans, élection au Grand Conseil tessinois pour les Verts, où elle siège jusqu’en 2015.

2008 Fonde les Jeunes verts tessinois.

2009 Coordonne les Jeunes verts suisses jusqu’en 2011.

2011 Diplôme en sciences politiques à Zurich.

2019 Première Verte tessinoise au Conseil national.

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