Test de neutralité

Les menaces de sanctions révèlent la susceptibilité croissante de l’administration Poutine envers l’Occident, Suisse comprise. RosSelKhozNadzor (RSKN), l’agence gouvernementale russe de surveillance du secteur agroalimentaire, a donné dix jours à Berne pour bloquer toute réexportation de fruits et légumes européens via son territoire, faute de quoi un embargo temporaire pourrait être décrété contre les fruits et légumes suisses.

Le communiqué a été copieusement repris par la presse russe, qui, dans un élan de défiance patriotique, tend à exagérer les péripéties diplomatiques entre Berne et Moscou. Beaucoup à Moscou – y compris dans les cercles du pouvoir – pensent que la Suisse s’est alignée sur les sanctions européennes, alors qu’il n’en est rien.

«Le RSKN soupçonne certains négociants suisses de réexporter des pommes et d’autres produits agro­alimentaires de l’Union européenne vers la Russie, estime Nikita Kritchevski, docteur en sciences économiques à Moscou. La Suisse doit absolument protéger sa réputation de neutralité, très appréciée en Russie.»

Un communiqué vague

En réalité, le communiqué du RSKN est vague et en partie inexact, selon une source proche des négociations. «Les exportations de pommes suisses n’ont pas été multipliées par 400 mais ont augmenté de 400%.» En outre, il s’agit peut-être de la multiplication par quatre d’un volume insignifiant. «Il est surprenant que cette réunion très courtoise ait débouché sur un communiqué contenant des menaces, poursuit la source. La demande russe concernait la vérification de certificats, ce que nous pouvons satisfaire rapidement.»

L’enjeu paraît dérisoire, alors que l’agroalimentaire représente moins de 5% des exportations suisses vers la Russie. Dans le climat actuel de fureur contre les sanctions occidentales, l’avertissement du RSKN n’est peut-être qu’une manière d’afficher son patriotisme. Mais ces dissonances s’ajoutent au concert de récriminations tous azimuts, dans lequel la Suisse peine à faire entendre sa singularité.