Communes

Le testament politique d’un syndic heureux

Daniel Meienberger, le syndic d’Echichens qui a mené avec succès la fusion de quatre communes vaudoises, met un terme à sa carrière politique locale le mois prochain. Celui que l’on sollicite désormais comme expert explique sa méthode

Comme souvent pour les idées audacieuses, tout a commencé par une fondue. Une fois par année, les municipaux des trois villages vaudois de Monnaz, Echichens et Saint-Saphorin, qui partageaient la même déchetterie, avaient pour habitude de se retrouver autour d’un caquelon. L’un proposa d’inviter leur collègue de Colombier, la petite bourgade avec laquelle il partageait les écoles. Et puis, en trinquant, on a soudainement parlé «fusion», c’était en 2005.

Presque quinze ans ont passé et le fer de lance de l’opération prend sa retraite politique communale. Il restera actif au Grand Conseil sous les couleurs du PLR. Daniel Meienberger, syndic d’Echichens, est connu loin à la ronde pour la réussite de sa fusion. On le sollicite ailleurs dans le canton de Vaud et même à Zurich. Il explique sa méthode. Son histoire contraste avec les difficultés de nombreuses communes à se gérer politiquement. Il part heureux, contrairement à beaucoup de municipaux ou d’autres syndics, découragés par la fonction.

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Après Berne, Vaud est le deuxième canton à compter le plus grand nombre de communes: 309 actuellement, dont beaucoup de petits villages. Mauraz, par exemple, ne compte que 60 âmes. Le canton ne possède plus de poste de délégué aux fusions depuis 2015 (il a récemment décidé d’en recréer un) et n’a jamais été très doué – contrairement à Fribourg, par exemple – pour inciter ses citoyens à s’allier avec les villageois d’à côté, qui partagent pourtant souvent leur club de foot, leur piscine municipale ou leur garderie.

La raison contre les émotions

Beaucoup de communes vaudoises ont pensé à fusionner, très peu ont réussi: ce sont souvent des années de labeur qui finissent enterrées par un non dans les urnes. Au cœur de ces nombreux refus ressort un côté irrationnel: «Il est difficile de présenter des arguments de raison pour desserrer les freins émotionnels, analyse le politologue Olivier Meuwly. Lorsqu’on néglige les questions d’identité, comme la bourgeoisie d’un village ou ses armoiries, elles nous ressurgissent à la figure. Avec le numérique, on est dans une société no limit et, en même temps, le citoyen se raccroche à ses frontières communales.»

Les raisons de l’union réussie des quatre localités, après la fondue ouvrant le premier chapitre de l’histoire? Une communication léchée, à l’aide d’un médiateur efficace, Fabien Dunand. Celui qui est aujourd’hui connu pour son rôle de corbeau de l’affaire Orllati est aussi un pionnier en matière de fusion: il avait fait s’unir sa commune de Servion avec Les Cullayes. Par exemple, ce détail qui n’en est pas un: toute communication officielle se faisait sur un papier à en-tête avec les armoiries des quatre communes, pour déjà donner un sentiment d’appartenance commun lors des débats. De même, chaque fois que se tenait une séance, les habitants des quatre villages retrouvaient le lendemain un tout-ménage dans leur boîte aux lettres, afin d’éviter les fausses rumeurs.

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Convaincre une majorité

Si la principale crainte des citoyens tient souvent à la perte du nom de leur village et, par là, d’une partie de leur identité, une seconde peur touche aux aspects financiers: à combien s’élèvera le coût de l’eau, une fois les communes fusionnées? «Jamais vous n’arrivez à persuader tout le monde, le but est de convaincre une majorité, tranche Daniel Meienberger. Cette majorité, on la trouve avec de bons arguments. L’idée de reprendre le nom d’une commune existante s’expliquait par l’emplacement de la maison de commune qui se trouvait à Echichens. C’est un argument qui tient la route et apporte une réponse à ceux qui doutent.»

Dans les groupes de travail, les municipaux des quatre villages relèvent tous la difficulté de trouver des volontaires pour incarner les autorités politiques et administratives. L’exemple personnel de Daniel Meienberger est typique. Ce Thurgovien fraîchement installé parmi les 420 habitants de Saint-Saphorin se fait remarquer un soir lors du Conseil général. Quelque temps plus tard, un dimanche alors qu’il se promène en famille, son syndic l’appelle, un brin emprunté: bien qu’il n’ait pas été candidat, il vient d’être élu municipal. Habitué à vivre avec ses quinze frères et sœurs, Daniel Meienberger accepte: donner un coup de main, c’est important pour lui. On lui promet que ce ne sera rien, mais c’est toujours plus de travail qu’escompté. En 2006, alors qu’il s’apprête à lancer la réflexion sur la fusion des quatre communes, trois des syndics annoncent qu’ils ne se représentent pas. On se tourne vers lui, il devient syndic de Saint-Saphorin et fer de lance de l’opération fusion.

Aujourd’hui, Echichens compte 3000 citoyens, cela permet à la commune d’avoir une administration ouverte toute la semaine. Comparativement à mardi matin et jeudi après-midi avant la fusion, c’est mieux. «Offrir plus de prestations au même coût», c’est l’avantage premier qu’ont gagné ses habitants.

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