On le disait en quarantaine politique depuis sa privation totale de département pour cause de maltraitance des collaborateurs. Il est désormais à l’isolement. Pierre Maudet l’annonce lui-même dans une newsletter, publiée dimanche sur son site internet: «J’ai appris ce soir que le résultat de mon test effectué ce matin était positif. Je m’impose donc dès ce jour une stricte quarantaine.» Le conseiller d’Etat avait déclaré jeudi dernier qu’il entendait démissionner pour se représenter à sa propre succession, sans vouloir quitter son fauteuil de ministre d’ici là. Sa campagne commence donc de manière virtuelle.

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C’est le troisième membre du gouvernement – après Nathalie Fontanet et Antonio Hodgers – à être testé positif. Pierre Maudet était déjà absent lors de la conférence de presse du Conseil d’Etat genevois qui annonçait, ce dimanche, le retour d’un semi-confinement à Genève afin de ralentir la dégradation alarmante de la situation sanitaire. La présidente Anne Emery-Torracinta a souligné qu’il ne fallait y voir aucune malice, son collègue s’étant auto-confiné en raison d’un cas dans son entourage. Saine précaution, Pierre Maudet s’est révélé positif au virus le soir même.

Prétexte pandémique

Loin du front, Pierre Maudet continue toutefois à s’exprimer sur la crise et les mesures prises par le Conseil d’Etat. «Je pense avant tout aux personnes, découragées voire abattues, qui ont le sentiment que le sol se dérobe et que tous les repères s’effondrent. Celles et ceux qui voient leur entreprise – souvent la construction d’une vie – se déliter et leurs employé-e-s avec. Ne lâchez rien! Battez-vous! Interpellez vos autorités politiques pour qu’elles vous appuient, à Genève comme à Berne! Les circonstances le justifient et je ferai de mon côté le maximum pour vous, comme je l’ai fait jusqu’à présent», écrit-il.

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Le ministre saisit aussi l’occasion pour répondre encore une fois aux sévères conclusions intermédiaires de l’audit sur sa gestion, non sans monter la population contre les employés de l’Etat désignés comme des privilégiés de la pandémie: «Je ne nie pas la pression mise sur les hauts cadres de mon département, en particulier ces derniers mois durant lesquels l’économie est si malmenée. Mais la population qui est aussi en détresse n’est-elle pas en droit d’attendre des résultats de hauts fonctionnaires, très bien payés et qui ont la garantie de percevoir la totalité de leur salaire, crise ou pas crise?»

Les témoignages des fonctionnaires en question font pourtant référence à des humiliations et des pressions bien antérieures à la pandémie. Un exemple: «Nous pensons que «l’affaire Maudet» et les sanctions prises par le Conseil d’Etat doivent le frustrer énormément car depuis janvier 2019, nous vivons un enfer, tout en relevant que ce n’était déjà pas facile avant.»

Besoins ignorés

Ce diagnostic a conduit le gouvernement à transférer provisoirement les collaborateurs du Département du développement économique et à les placer sous la tutelle de la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet. Les conclusions du rapport évoquent «un comportement indigne» de Pierre Maudet qui ne respecte aucun des besoins des collaborateurs.

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Le besoin de structure, le besoin de stimulation, le besoin de reconnaissance ou encore le besoin de sens, tous sont ignorés, affirme ainsi le diagnostic. «Dans des situations comparables où un fonctionnaire ne donne pas satisfaction, l’employeur s’en sépare. Dans le cas présent, et parce qu’il n’y a pas d’autres solutions, dans ce contexte d’urgence et de risques, l’employeur doit prendre toutes les mesures utiles afin de protéger durablement toutes les personnes concernées en les éloignant ou en les déplaçant», conclut l’experte.

Un rapport intermédiaire dont Pierre Maudet ne pense que du mal, tant sur la forme que sur le fond. Il l’a dit jeudi dernier avant d’annoncer sa prochaine démission. La date de celle-ci doit encore être précisée dans sa lettre officielle. Ce n’est qu’à partir de là que la Chancellerie pourra organiser l’élection partielle. La gauche n’a pas attendu pour dire qu’elle va convoiter ce siège. Semi-confiné ou pas, l’hiver politique genevois sera agité.