Un passeport à croix blanche, certes, mais à condition de savoir conjuguer le verbe sein à tous les temps. Le PDC de Sursee (LU) réclame des tests écrits d'allemand pour s'assurer de l'intégration des candidats à la naturalisation. Au nom d'une certaine objectivité, on ne veut plus se contenter d'une appréciation orale lors de la rencontre avec le demandeur. Adressée à la commission locale de naturalisation, cette proposition pourrait faire des émules. Une parlementaire a déposé un postulat auprès du Conseil d'Etat lucernois.

Le PDC de Sursee n'est toutefois pas pionnier en la matière. Depuis janvier, l'expérience est en cours à Ostermundigen, commune voisine de la Berne fédérale. L'expérience est plutôt concluante, si l'on en croit les autorités. Près de 60 examens ont été passés grâce à des tests commandés à l'Ecole-club Migros. Taux d'échec: environ 15%. «Durant ces dernières années, le niveau de langue était en nette baisse, même pour les personnes installées ici depuis plus de douze ans», commente Peter Burkhard, directeur de la section sécurité publique. D'où ces questions à choix multiple sur le vocabulaire de la vie quotidienne.

Cours mis en place

Parallèlement, des cours de langue en partie financés par la commune sont mis en place à l'intention des candidats. A Ostermundingen, les étrangers représentent 20% de la population et quelque 70 demandes de naturalisation sont reçues chaque année. L'expérience a incité une centaine de communes à se renseigner. Le PDC de Sursee en a fait de même. Pour son président, Willi Nick, «la langue est un élément décisif pour assurer un équilibre social. Un test écrit fournit un matériel plus concret qu'un entretien.» Pas question pour l'heure de penser à des cours organisés en parallèle: c'est le résultat qui compte. Du coup, on mise sur un texte à trous pour aider la commission de naturalisation à formuler son jugement.

Sous la direction du président de la ville, ladite commission n'est pour l'heure guère emballée. Elle fait avant tout confiance à l'entretien. La méfiance face à ces examens imposés reste perceptible. Si la connaissance de la langue est un critère essentiel, elle ne doit devenir un motif de discrimination. Thomas Facchinetti, délégué aux étrangers du canton de Neuchâtel émet ses réserves: «L'aptitude linguistique est une notion relative. Vouloir imposer des tests, c'est ériger un obstacle supplémentaire. Cela peut être vexatoire après plus de douze ans passés en Suisse.»