Les tests scolaires vaudois sont devenus un business

Redoutées, les Epreuves cantonales de référence créent un marché des appuis

«Une échéance essentielle pour les élèves vaudois, qui n’ont pas droit à la faute et doivent s’y préparer en amont afin d’avoir toutes les cartes en main.» Dans son marketing, la société Futurplus adopte un ton dramatique pour vanter son offre de saison, les appuis scolaires en vue des Epreuves cantonales de référence (ECR), dont la date approche.

Spécialité cantonale, ces examens qui n’en portent pas le nom se tiendront entre le 4 et le 12 mai prochain. Ils testeront les compétences des élèves de 8e année en maths, en français et en allemand.

Au départ, ces épreuves servaient à piloter et harmoniser l’école vaudoise. Avec la nouvelle loi scolaire, la LEO, elles ont acquis une fonction moins anodine: elles comptent désormais pour 30% dans la moyenne de ces trois branches. Et influent donc sur l’orientation entre les deux sections du secondaire, qui tombe précisément en fin de 8e.

De ce fait, dans un système scolaire qui reste sélectif, les ECR ont donné lieu ces dernières années chez les élèves et les parents à de nombreux témoignages de stress. Et si la voie gymnasiale se fermait pour une seule ECR ratée?

En 2014, l’Etat a communiqué des résultats qui se voulaient rassurants sur la moyenne cantonale: 4,4 en maths, 4,7 en français et 4,7 en allemand. Parfaitement dans la cible visée du 4,5 de moyenne.

Le secteur privé, lui, s’est engouffré dans ce nouveau marché. Les appuis scolaires connaissent un certain essor, en particulier dans la région lémanique (LT du 04.03.2014).

Justement, Futurplus, déjà implanté à Lausanne et Montreux, vient d’ouvrir trois salles de classe à Yverdon-les-Bains. «Notre clientèle croît de 20% par an et compte un millier d’élèves dans le canton», indique le fondateur de cette PME, Noël Dentan, un ancien de l’école publique vaudoise. Huit enseignants y travaillent à plein temps, une trentaine d’autres à temps partiel. Certains viennent de l’Etat, où ils n’ont pu obtenir un contrat fixe faute de titres suffisants. Noël Dentan estime qu’un bon quart des enfants expriment eux-mêmes le besoin d’une préparation supplémentaire.

«Nous ne vendons pas de miracle, assure-t-il. Notre message n’est pas non plus de dire que l’école ne fait pas ce qu’elle devrait, mais de rassurer les parents.» La concurrence? Elle existe et le patron de Futurplus s’impatiente en voyant que d’autres «proposent une préparation aux EPR à partir de janvier, ce qui n’a pas de sens pédagogiquement». En revanche, elle ne s’exerce pas encore sur les prix. Les modules de Futurplus vont de 38 francs de l’heure en petit groupe à 82 francs pour un cours privé (dans ce cas, le double au bas mot du tarif que proposent les étudiants de l’université, ndlr).

«On joue sur les peurs»

«L’émergence de ces acteurs privés ne veut pas dire que les appuis sont insuffisants à l’école, réagit Alain Bouquet, directeur général de l’enseignement obligatoire vaudois. Mais les parents veulent le mieux pour leurs enfants et il y a un marché, comme il y en a eu de tout temps.»

Les responsables scolaires interrogés soulignent que la préparation aux ECR fait partie du programme et que ces épreuves ne testent rien qui n’ait déjà été testé au cours de l’année. Ils ne réservent donc guère de surprise et leur poids dans l’orientation est marginal.

«Nous avions mis en garde contre l’usage marketing qu’on pouvait faire des ECR, relève Barbara de Kerchove, qui préside l’Association des parents d’élèves. Cela me met mal à l’aise que l’on puisse exploiter ce créneau en jouant sur les peurs. Quant à l’Etat, il doit vraiment continuer à expliquer et dédramatiser ces épreuves.»