C'est d'abord une branche TGV de plus de Paris vers la province. La sixième, à destination de Strasbourg, à travers la Champagne, les Ardennes et l'Alsace-Lorraine. Mais l'axe va au-delà, vers l'est et l'Europe, le Luxembourg, l'Allemagne avec Francfort et Stuttgart et, à terme, vers Budapest. Le pharaonique TGV Est, inauguré le 15 mars et qui sera mis en circulation commerciale le 10 juin, rapproche également Bâle, Zurich et le nord de la Suisse, Jura y compris, de la Ville des Lumières.

De manière spectaculaire: le gain est de 90 minutes. Il ne faut désormais plus que 3h20 pour faire Bâle-Paris, même durée que pour Genève-Paris. C'est 25 minutes de moins que Lausanne-Paris.

L'effet grande vitesse

Soucieux d'assurer la promotion d'une ligne destinée aux déplacements commerciaux, d'affaires, culturels et touristiques, les CFF et la société Lyria qui commercialise les lignes TGV entre la Suisse et la France (la société appartient à hauteur de 74% à la SNCF et de 26% aux CFF) ont emmené des journalistes, jeudi, se rendre compte que Bâle est désormais à la porte de Paris. Fanfaronnade à moitié vérifiée. De Bâle à Strasbourg, puis presque jusqu'à Metz, le TGV lanterne. Rien ne le distingue d'un train classique.

C'est ensuite que l'effet grande vitesse est appréciable. Sur les 300 km de la nouvelle ligne qui mène à la gare de l'Est, au cœur de Paris, les rames roulent presque en flot continu à 320 km/h (20 km/h de plus que les TGV classiques). Elles franchissent, en rase campagne, 338 ponts, viaducs et passages pour la faune. Le chantier a coûté 5,2 milliards de francs.

Sensation agréable à l'intérieur du train: pas de vibrations ni de secousses. Les rames, dont l'intérieur a été dessiné par Christian Lacroix, permettent de se reposer, mais aussi de lire, travailler, téléphoner ou manger. Pas encore de connexion à Internet, mais c'est en projet.

«Le train est plus attractif que l'avion, clame Christian Rossi, directeur de Lyria. Avec l'avion, on court pour attendre. En TGV, on peut faire une foule de choses et arriver à destination dispo. Les durées de trajet, porte à porte, sont identiques.»

Lyria s'applique à rendre le TGV également concurrentiel au niveau du prix du billet: 20 euros pour une réservation à deux mois. Sinon, le Bâle-Paris en 2e classe, simple course, coûte 135 francs, 159 de Zurich. «Ne reste plus qu'à rendre le train aussi sexy que l'avion», sourit Christian Rossi.

Offre pléthorique

Dès le 10 juin, Paris disposera de quatre portes TGV vers la Suisse: Bâle-Zurich (deux trains aller-retour quotidiens vers Zurich et quatre vers Bâle), Genève (sept allers-retours par jour), Lausanne (cinq allers-retours) et Neuchâtel-Berne (deux trains quotidiens).

Dès 2011, avec le TGV Rhin-Rhône passant près de Belfort et du Jura, l'offre ne sera-t-elle pas pléthorique, surtout que des améliorations sur tous les tracés réduiront encore la durée des trajets? «Nous gagnons de l'argent sur les lignes TGV, coupe Vincent Ducrot, chef du trafic grandes lignes aux CFF. La liaison vers Genève fonctionne remarquablement, les travaux sur la ligne du Haut-Bugey feront passer le temps de parcours à 3 heures en 2009. La liaison vers Lausanne reste nécessaire, car il n'est pas envisageable de la faire passer par Genève. A l'ouverture du TGV Rhin-Rhône, le trafic venant de Zurich et Bâle basculera vers Belfort et Dijon, avec un gain d'une demi-heure. Et même d'une heure lorsque l'entier du Rhin-Rhône sera terminé, à l'horizon 2020. Le TGV devrait continuer de rallier Neuchâtel, c'est une question d'opportunité. Il y a davantage d'incertitude pour la liaison vers Berne.»

Effervescence alémanique

La perspective d'aller de Zurich à Paris en 4h30 crée une grosse effervescence en Suisse alémanique. En quelques jours, 15000 billets ont été achetés pour prendre le TGV Est dans les jours qui suivront sa mise en service. Lyria table sur une augmentation annuelle de 500000 voyageurs vers la capitale française. «Les Bâlois et les Zurichois sont très demandeurs de culture urbaine et parisienne», affirment Vincent Ducrot et Christian Rossi. Ils espèrent que le nombre d'usagers alémaniques du TGV vers Paris passera de 320000 à plus de 800000. Presque autant que les 980000 Genevois qui prennent le TGV.

Pas de haute vitesse en Suisse

Au retour de Paris, le TGV roule très vite à haut régime (1h10 pour parcourir les 300 kilomètres de la nouvelle voie, jeudi), puis le train ralentit. Jusqu'à Strasbourg et Bâle. De Bâle à Zurich, le TGV s'apparente à un Intercity. Pourquoi ne file-t-il plus à 300 km/h? «Ce n'est pas possible sur notre réseau, explique Vincent Ducrot. Il n'y a pas la distance pour accélérer, il faut 30 km pour atteindre les 300 km/h. Et à haute vitesse, le TGV provoque trop de bruit. Notre réseau ferré traverse les sites bâtis, alors qu'en France il les évite. C'est un choix politique. Le réseau suisse s'apparente à un grand RER. On y roule moins vite, mais de manière cadencée, avec des nœuds, et sur l'ensemble du territoire.»

S'il met Paris à 3 heures et demie, le TGV Est rapproche également la France d'une Suisse qui se fait attractive. Suisse Tourisme drague une clientèle française qui apprécie le «dépaysement de proximité». En hiver, une fois par semaine, le TGV Est poussera sa route jusqu'aux Grisons.