Du théâtre pour les jeunes qui décrochent

Genève Une nouvelle mesure va tenter de remettre en selle les jeunes en rupture. Utile?

Les feux de la scène. Concevoir, écrire et jouer un spectacle. C’est la nouvelle idée pour tenter de remettre en selle les jeunes qui ont décroché. Persuadée que leur remobilisation passe par l’activité artistique, l’association Accroche, qui regroupe des organisations publiques et des acteurs du travail social genevois, lance le projet «Scène active». «Le but est de regagner la confiance en soi, l’envie d’apprendre et la capacité à travailler collectivement», explique Thomas Gremaud, directeur de Scène active.

Chaque année, 500 jeunes Genevois sortent des radars: ils ne sont ni en emploi, ni en formation. Au mieux, 90% des jeunes quittent l’école avec un certificat du secondaire II, au pire 85%. L’an dernier, 2063 jeunes entre 18 et 25 ans étaient à l’aide sociale, ce qui représente 14% des bénéficiaires.

Voilà pour l’ampleur chiffrée d’un constat préoccupant. En conséquence de quoi, les autorités genevoises ont salué hier ce nouveau projet de réinsertion pour «décrocheurs». Une mesure qui aurait déjà porté ses fruits à Lausanne, puisque 27% des bénéficiaires ont retrouvé le chemin de la formation, et 6% d’entre eux un emploi.

Spectacle et coaching

Scène active va donc proposer à une quarantaine de jeunes, pendant dix mois, une plongée dans les arts de la scène. Entourés de professionnels de ces disciplines mais aussi de travailleurs sociaux, les jeunes participeront à des ateliers – multimédia, musique, stylisme, construction de décors – en vue d’un spectacle joué en public. Et si le théâtre opère sur eux sa magie, ils mettront sur pied un projet personnel et professionnel avec un coach individuel, visant la reprise d’une formation ou le marché de l’emploi. «Ce projet s’adresse à ceux pour lesquels les mesures classiques n’ont pas fonctionné», explique Yann Boggio, secrétaire général de la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASe).

Cartographie des mesures

Enrichir l’offre des mesures à la réinsertion, déjà importante, est-ce bien utile? Pour le maire de Vernier, Thierry Apothéloz, socialiste, il ne fait pas de doute: «Je suis convaincu que c’est la multiplication des projets basés sur le soutien individuel qui portera ses fruits. Les discussions concernant la centralisation des mesures me laissent froid. On sait, dans les communes, que c’est la proximité et la complémentarité qui fonctionnent.»

Mais encore faut-il pouvoir brosser le tableau. La conseillère d’Etat socialiste chargée de l’Instruction publique, Anne Emery-Torracinta, a d’ailleurs identifié cette lacune: «Face à la multiplication des acteurs, nous travaillons à une vraie cartographie des mesures, pour prendre conscience de leur ampleur et des manques.» Pour s’assurer aussi qu’elles ne servent pas que l’esthétique du tableau: «Nous avons constaté que certains jeunes cherchaient à obtenir des mesures de réinsertion dans le but unique de pouvoir toucher les allocations familiales», atteste Anne Emery-Torracinta. Ce qui ne l’empêche pas de reconnaître les responsabilités du système: «Si des jeunes sont en rupture, c’est que nous avons failli à notre mission d’empêcher le décrochage, résultat d’un long processus.»

Mauro Poggia, conseiller d’Etat MCG chargé de l’Action sociale, en sait quelque chose, puisque «l’abandon de l’école mène au chômage, puis à l’aide sociale. Toute mesure doit donc être considérée comme un investissement, et non comme une dépense.» Le financement de Scène active est assuré pour cette première cession, soit 700 000 francs venant d’acteurs privés, en plus du soutien des collectivités publiques à l’appui logistique. Mais, pour les deux prochaines années, Scène active cherche encore ses donateurs.