Le théâtre du pouvoir

Usurpatoire

L’ancienne chancelière de la Confédération, Annemarie Huber-Hotz, reprend du service. Comme observatrice de la vie politique. Dans Zentralschweiz am Sonntag , elle a critiqué les abus du droit d’initiative: «L’utilisation démesurée des droits populaires dénature ce magnifique instrument démocratique.» Elle rappelle que l’initiative est destinée aux minorités et qu’elle n’a pas été conçue pour être un outil de propagande électorale. Elle propose d’en interdire l’utilisation, à ses yeux usurpatoire, aux partis qui disposent d’un groupe parlementaire. Celle qui a aussi été la présidente de la société qui gère la prairie du Grütli met les pieds sur un terrain bourbeux.

Comminatoire

Christoph Blocher a-t-il connaissance de la proposition de l’ex-huitième conseillère fédérale? En fait, peu lui chaut ce que pense Annemarie Huber-Hotz. Pour lui, l’initiative est une arme politique destinée à forcer la main du gouvernement et du parlement. Interrogé par Roger Schawinski sur la TV alémanique, il a une nouvelle fois brandi la menace de lancer une initiative de mise en œuvre. En l’occurrence, prévient-il, l’UDC réclamera par ce canal la dénonciation de tous les accords bilatéraux si le Conseil fédéral ne restreint pas l’immigration comme le vote du 9 février l’exige. La menace: le septuagénaire n’a plus que ce mot à la bouche. Sa perception des droits populaires diffère sensiblement de celle de l’ex-présidente de la prairie fondatrice de la démocratie.

Migratoire

«Welcome to Britzerland». C’est le titre d’un article du quotidien The Sun . Son auteur a rencontré le président des Jeunes UDC, Anian Liebrand, qui s’est entretenu avec le leader des europhobes d’outre-Manche, Nigel Farage, lors de son passage en Suisse. Anian Liebrand a expliqué comment la Suisse et ses restrictions migratoires pourraient servir de modèle à la Grande-Bretagne pour sortir de l’UE. Le maire de Londres, Boris Johnson, avait déjà évoqué cette piste. C’est lui qui aurait inventé l’expression «Britzerland». On s’étonne tout de même qu’un membre de l’UDC, parti farouchement attaché à la souveraineté nationale et rétif à toute ingérence étrangère, donne des conseils à un autre pays.

Expiatoire

Carlo Sommaruga est-il la victime expiatoire de la campagne sur les forfaits fiscaux? L’image du socialiste genevois a en effet été récupérée par le camp adverse. L’Union suisse des arts et métiers (USAM) l’a intégré dans sa campagne contre l’initiative à cause d’une phrase lâchée au parlement. Outre l’interdiction des forfaits, l’initiative veut déclarer «illicites» tous les «privilèges fiscaux». Cela signifie-t-il, comme le suppute l’USAM, que la gauche veut tuer les déductions pour les cotisations au troisième pilier ou les intérêts passifs? Coordinatrice romande de l’initiative, Magali Orsini dément une telle intention. Mais Carlo Sommaruga a semé le doute. Interrogé au Conseil national, il a répondu: «Après l’adoption de l’initiative, il s’agira de passer au screening l’ensemble des impôts des personnes physiques pour examiner là où la majorité actuelle a créé des privilèges au détriment d’autres segments de la population.» «Cet homme veut VOTRE argent», accuse l’USAM en montrant sa photo. Carlo Sommaruga n’a jamais eu droit à tant d’attention à droite.