Le théâtre du pouvoir

Fracassant

Eveline Widmer-Schlumpf a fait le buzz cette semaine. Dimanche dernier, elle était l’invitée de l’émission sarcastique de la TV alémanique Giacobbo/Müller. Et elle a fait des révélations fracassantes. Première confidence: on rit beaucoup lors des séances du Conseil fédéral et les blagues sont parfois salaces. Mais elle refuse de dire qui raconte les gags les plus inavouables. Deuxième aveu: elle défend la position du Conseil fédéral pour le maintien des forfaits fiscaux, mais, à titre personnel, elle les juge «inéquitables». Hou là. Le président de l’USAM, Jean-François Rime, qui mène la fronde contre la suppression des forfaits, a vivement réagi. Si l’initiative passe, la conseillère fédérale en sera responsable, avertit-il. Eveline Widmer-Schlumpf a précisé sa pensée vendredi dans l’Aargauer Zeitung: «Les forfaits fiscaux ne répondent pas à l’exigence de l’imposition selon la capacité économique. Mais elle est défendable du point de vue de l’intérêt public et elle a une grande signification pour plusieurs cantons.» Pas sûr que ça calme Jean-François Rime.

Négligent

A propos de l’USAM. La consultation de ses archives internet peut réserver des surprises. A la date du 9 février 2014, on tombe sur le communiqué de presse suivant: «Les organisations économiques saluent la confirmation de la voie bilatérale. La majorité des citoyens suisses ont refusé l’initiative de l’UDC sur l’immigration.» Ah bon? L’USAM, qui a barguigné durant cette campagne parce que Jean-François Rime était membre du comité de l’initiative sur l’immigration, aurait-elle raté le résultat du vote du 9 février? C’est apparemment le cas des responsables francophones du site de l’USAM, qui ont laissé traîner un communiqué visiblement rédigé à l’avance et mis en ligne par négligence.

Inélégant

Jeudi, la campagne sur l’initiative sur l’or a été lancée simultanément par ses partisans et ses adversaires. L’un des parrains du texte, Luzi Stamm (UDC/AG), a voulu donner dans la métaphore. «Laisser les trois membres de la direction de la BNS décider seuls de vendre des réserves ou d’imprimer sans limites de la monnaie, c’est comme si vous laissiez votre femme décider seule de vendre 60% du matériel de cuisine.» Voilà qui est révélateur d’un état d’esprit. A l’UDC, certains considèrent encore que la place de la femme est aux fourneaux. Ueli Maurer s’est fait l’auteur de telles réflexions. Luzi Stamm renchérit avec inélégance. Il aurait pu se souvenir que ce qui est d’or, c’est le silence.

Brûlant

Le même jour donc, le comité interpartis opposé à l’initiative a présenté ses arguments. Il a délégué sept représentants devant les médias, six des partis de droite et du centre ainsi qu’un unique ambassadeur de la gauche, le socialiste soleurois Philipp Hadorn. L’un après l’autre, les membres du comité ont tous utilisé la même image brûlante de l’extincteur qui serait accroché au mur mais que l’on ne pourrait pas utiliser en cas d’incendie, allusion aux réserves d’or que la BNS devrait détenir mais aurait l’interdiction de revendre. Tous, sauf un: Philipp Hadorn. Le socialiste aurait-il manqué la séance préparatoire du comité?