Neuchâtel

Théo Bregnard: «Nous voulons deux hôpitaux autonomes et complémentaires»

Questions à Théo Bregnard, opposant à la réorganisation hospitalière centralisatrice du canton de Neuchâtel. Il défend une initiative pour le maintien de deux établissements. Le peuple choisira le 12 février

Centralisation des soins hospitaliers aigus à Neuchâtel et création d’un hôpital cantonal de réadaptation à La Chaux-de-Fonds, ou maintien des deux hôpitaux actuels généralistes: c’est le choix proposé aux Neuchâtelois le 12 février. Le Conseil d’Etat, une large majorité du parlement, les médecins de famille, les sociétés de médecins et de pharmaciens soutiennent le programme de l’hôpital cantonal centralisé.

Lundi à La Vue-des-Alpes, un groupe de travail interpartis pour l’hôpital de La Chaux-de-Fonds, soutenu par les exécutifs des villes du Locle et de La Chaux-de-Fonds, a défendu le modèle alternatif de deux hôpitaux régionaux «sûrs, autonomes et complémentaires». Son président Claude-André Moser s’en est pris sans pincettes au projet cantonal jugé «trop cher, nébuleux, précipité et qui va encombrer les urgences de Pourtalès».

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Entretien avec Théo Bregnard, cofondateur du comité interpartis, député POP au Grand Conseil et membre de la commission de la santé, et depuis l’été dernier membre de l’exécutif professionnel de La Chaux-de-Fonds.

Le Temps: Le modèle que préconise votre initiative, avec deux hôpitaux autonomes, n’est-il pas d’un autre temps et peu compatible avec la LAMal?

Théo Bregnard: Dans un système hospitalier de concurrence voulu par la loi fédérale, il s’agit de garder ses patients. C’est notre souci. Aujourd’hui, nous constatons un exode de patients neuchâtelois vers d’autres hôpitaux, qui coûte 60 millions par an au canton. Nous estimons que le modèle de concentration voulu par le Conseil d’Etat accroîtra encore le flux vers l’extérieur. Nous ne prônons pas une vision avec des petits hôpitaux éparpillés, mais deux établissements viables qui s’adressent à des masses critiques suffisantes de patients.

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- N’y a-t-il pas contradiction dans votre soutien au modèle actuel, qui voit déjà de nombreux patients aller se faire soigner à l’extérieur?

- Ce qui pose problème à Neuchâtel, c’est que l’un des hôpitaux a été favorisé. Nous réclamons deux hôpitaux autonomes qui aient chacun leur vision, l’une pour les Montagnes, l’autre pour le Littoral, tout en travaillant en réseau et en complémentarité. Il ne s’agit pas de tout faire partout, mais il est possible de proposer des soins à des masses critiques tout à fait suffisantes dans les deux régions, et cela dans de nombreux domaines. Avec un hôpital unique de soins aigus à Neuchâtel, l’organisation va perdre une patientèle des Montagnes et, inversement, un centre unique de réadaptation à La Chaux-de-Fonds verra des patients du Bas se diriger vers d’autres cieux.

- Vous citez les exemples des cantons de Vaud et Berne qui disposent d’hôpitaux régionaux. A la différence près que ces cantons ont un établissement universitaire, et pas Neuchâtel…

- Justement, Neuchâtel doit collaborer avec le CHUV et l’Hôpital de l’Île pour les prestations de niveau universitaire. C’est bien trop onéreux de vouloir en pratiquer chez nous. Et le système hospitalier ne peut plus être confiné aux frontières cantonales.

- Dans votre modèle, les soins intensifs seraient-ils offerts dans les deux hôpitaux ou concentrés sur un site?

- On constate que la plupart des villes de l’importance de La Chaux-de-Fonds, et certaines plus petites, maintiennent des hôpitaux de soins aigus. Parfois avec des soins intensifs, parfois des soins continus. C’est aux spécialistes de l’évaluer.

- Votre modèle prévoit des investissements d’acteurs privés de la santé. Etes-vous partisans d’une santé publique-privée?

- Nous voulons inscrire nos hôpitaux dans des réseaux. Sans exclusive. Lorsque nous avons, à La Chaux-de-Fonds, deux hôpitaux, l’un public et l’autre privé, qui nécessitent de l’anesthésie, il faut trouver le partenariat qui permette à chacun de sortir enrichi. On a un bon exemple à Saint-Imier, où pour avoir un scanner, public et privés se sont associés.

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- Les conditions de travail ne sont pas identiques entre acteurs hospitaliers privés et publics. Seriez-vous prêts à réduire les exigences de la CCT Santé 21 neuchâteloise?

- Nous sommes partisans de la convention publique CCT Santé 21. A nous de la faire valoir auprès de partenaires privés. Si d’autres cantons ont trouvé des solutions, nous aussi nous en trouverons. Ce n’est pas cet aspect qui doit entraver les collaborations.

- Dans un canton de Neuchâtel où le Haut et le Bas se regardent en chiens de faïence, que répondre à ceux qui vous reprochent un combat d’irréductibles défenseurs d’acquis d’un autre temps dans le Haut?

- Nous avons dans notre comité d’initiative des gens de tout le canton. Ce n’est pas un combat Haut-Bas, mais la confrontation de deux visions de l’organisation hospitalière. C’est cela que les Neuchâtelois doivent trancher le 12 février.

- L’adoption du modèle centralisateur creuserait-elle encore le fossé entre le Haut et le Bas?

- Dans ce cas de figure, il appartiendra au Conseil d’Etat d’assumer les risques de la centralisation. Pour atténuer le risque que vous évoquez, il devra lever les doutes qui planent sur le projet encore opaque de centre de traitement et de réadaptation à La Chaux-de-Fonds.

- Pourquoi l’élu chaux-de-fonnier que vous êtes ne se réjouit-il pas de voir le canton investir 176 millions de francs dans un nouvel hôpital de réadaptation dans votre ville?

- Parce que le canton n’a pas les moyens d’un tel choix, qui exige en parallèle 65 millions pour agrandir Pourtalès. Pour quelques dizaines de millions, l’initiative propose une solution plus rationnelle. Au surplus, le CTR et le projet du Conseil d’Etat sont flous, avec un lieu d’implantation à La Chaux-de-Fonds encore à définir. Nous préférons un hôpital qu’il faut rénover pour un coût bien moindre que les centaines de millions du contre-projet aux promesses qui ne verront peut-être jamais le jour.

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