Genève

Thibaut Lauer, du Parlement des inaudibles: «La précarité est une violence»

A Genève, à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, un collectif veut donner de la visibilité aux plus démunis, au moyen du Parlement des inaudibles

Dans le cadre des 30 ans de la Journée mondiale du refus de la misère, née de l’initiative du prêtre français Joseph Wresinski et reconnue depuis 1992 par l’ONU, le Collectif 17 octobre marque le coup en organisant ces jours prochains à Genève une série d’événements* pour «rompre le silence» et donner une visibilité aux plus démunis. Créé il y a huit ans, il compte dans ses rangs institutions sociales, associations humanitaires et membres individuels. Questions à Thibaut Lauer, travailleur social genevois et membre du collectif.

Le Temps: Pourquoi un Parlement des inaudibles? Quels en sont les enjeux principaux?

Thibaut Lauer: Ce Parlement des inaudibles est une grande première, créé spécialement pour cette édition. Son but principal est de mettre en avant les «grands oubliés», qui sont les personnes vivant la précarité au quotidien. Alors que toute la population suisse devrait avoir le droit de s’exprimer, une partie d’entre elle est marginalisée. Il est nécessaire de la prendre en compte lors de l’élaboration de politiques sociales. Nous mettons sur un pied d’égalité autour de la même table les personnes qui vivent la précarité, les médias, les politiciens ainsi que les institutionnels. Cela permettra une belle réflexion autour de trois thématiques: la discrimination, le logement et le travail. Par ailleurs, nous organisons en parallèle plusieurs événements culturels: conférences, animations artistiques, repas et moments de partage.

En 2015, 7% des Suisses sont touchés par la pauvreté, selon l’OFS. Comment évaluez-vous son ampleur à Genève?

Elle est croissante. On voit de plus en plus de personnes démunies dans les rues. Ce sont des immigrés venus pour trouver un pays d’accueil, mais aussi des Genevois. Toujours plus sollicitée, l’aide sociale se fragilise. Néanmoins, je crois à l’impact de nos actions sur la politique sociale. Pas à pas, en sensibilisant la population à la question de la précarité, les enjeux seront mieux cernés et des mesures plus facilement prises.

Quel message principal voulez-vous transmettre à travers ces événements?

Nous voulons démontrer que la précarité est une violence. On se rend compte qu’une partie importante de la population vit une situation précaire, tandis que d’autres vivent dans l’opulence. Cette inégalité entraîne de plus d’autres formes de violence, par exemple celle que peuvent subir des SDF lorsqu’ils sont délogés par la police. La classe politique ne peut fermer les yeux sur la discrimination et l’exclusion, qui renforcent la précarité.


* Les 13, 14 et 17 octobre.

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