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Thierry Apothéloz, Sandrine Salerno et Anne Emery-Torracinta à l’assaut du Conseil d’Etat genevois

Réunis samedi à Lancy, les militants socialistes genevois ont plébiscité un ticket à trois candidats pour les élections cantonales du printemps 2018

La base a tranché. Le parti socialiste genevois s'élancera en rang serré dans la course au Conseil d’Etat en 2018. Le conseiller administratif de Vernier Thierry Apothéloz, largement élu au premier tour, la conseillère administrative Sandrine Salerno et la magistrate sortante Anne Emery-Torracinta composent ce ticket rose voté à bulletin secret lors d’une Assemblée générale animée. Carole-Anne Kast, Carlo Sommaruga et Romain de Sainte Marie repartent quant à eux bredouilles. L’objectif pour les socialistes? Reconquérir un deuxième siège perdu depuis 2009.

A l’issue d’une concertation de quatre heures, les quelque 430 membres présents dans la salle communale de Lancy ont départagé six poids lourds, aux parcours et aux profils variés, qui briguaient une place sur la liste socialiste. La «surprise» est venue du candidat de Vernier Thierry Apothéloz, élu au premier tour avec 257 voix sur 427, soit 50 voix d’avance sur la sortante Anne Emery-Torracinta, alors qu'on attendait plutôt l'inverse. Elue au second tour avec 208 voix, Sandrine Salerno devance de peu la ministre chargée du Département de l'instruction publique (206 voix). Cette dernière figurera tout de même en tête de liste, sur proposition du grand gagnant du jour. 

La surprise Apothéloz

En plénière, nul mot concernant la polémique révélée vendredi par Le Temps autour d’adhésions de dernière minute jugées suspectes. Un fait inhabituel qui s’apparenterait, selon une source interne, à une manœuvre politique pour peser sur les résultats. En ligne de mire: le même Thierry Apothéloz dont la commune a connu cette année 214% d’adhésions de plus qu’en 2016 (soit 21 membres).

L'intéressé réfute en bloc ces «basses accusations contreproductives» et précise que les campagnes de recrutement ont été voulues par le comité directeur. «Comment ne pas se réjouir que le parti suscite un regain d'intérêt alors qu'il est urgent de reconquérir les quartiers populaires?» questionne-t-il, précisant que la section verniolane a lancé une campagne d'affichage et de distribution de tout-ménage depuis l'automne dernier déjà.

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En coulisse, un candidat au Grand Conseil confirme que la pratique «n’est plus un secret» au sein du parti et créé des tensions. «La campagne de recrutement a bon dos, lâche le militant. Toutes les candidatures sont légitimes, mais en procédant ainsi, on sacrifie l'éthique pour la victoire du parti.» A l’avenir, il estime que les règles du jeu devront être clarifiées. «On pourrait par exemple exiger un délai d’adhésion pour participer aux assemblées.» Au-delà de la polémique, le profil de Thierry Apothéloz, «trop consensuel», n’est pas jugé adéquat pour tenir tête à l'exécutif actuellement très à droite (2 PDC, 2 PLR, 1 MCG, 1 Vert, 1 socialiste).

Réélue avec un timide plébiscite, la Conseillère d'Etat sortante fait contre mauvaise fortune bon coeur. «J'accepte les règles du jeu. L'essentiel est que je puisse poursuivre mon travail au département et obtenir des moyens pour l'éducation.» A ses yeux, tout se joue désormais au Grand Conseil, à majorités mouvantes, où les socialistes doivent renforcer leur présence (15 députés actuellement). Le parti présentera 51 candidats, 31 hommes et 20 femmes.

A la tête des Finances en Ville de Genève, Sandrine Salerno, qui avait jusqu'ici refusé de s'exprimer dans les médias, balaye toutes les polémiques et promet que le trio mènera campagne uni.

Le ticket à 3 fait débat

Quelque heures plus tôt, la matinée avait démarré a priori sans encombre. Dans une salle comble, les militants affluent, se cherchent une place. Sans motions d’ordre, un ticket à quatre candidats, le «choix de l’élan» préconisé par le comité directeur, est plébiscité une première fois à l’issue d’un vote expéditif à main levée. Faux départ. Compte tenu de l’agitation dans la salle, le débat est relancé.

Deux alternatives s’opposent à cette stratégie perçue comme un «mauvais calcul»: une liste à 3 ou à 6 candidats. «En présentant quatre candidats, on disperse les voix, déplore l'ancienne conseillère administrative de Meyrin Monique Boget, qui plaide pour un ticket à 3. Au contraire, un ticket resserré donne de la force aux candidats.» Le conseiller municipal Pascal Holenweg propose quant à lui de «présenter 6 candidats, pour ne pas choisir». Rires dans la salle. Les militants votent finalement pour une liste resserrée par 220 voix contre 137 pour le ticket à 4.

1er tour ouvert 

A l’issue de la présentation des candidats, le 1er tour à la majorité absolue débute dans une atmosphère fébrile. Durant le dépouillement, les bruissements de couloirs vont bon train. Le discours fougueux de Romain de Sainte Marie, tout comme celui de Thierry Apothéloz, le «socialiste de terrain engagé pour l'emploi», ont marqué les esprits. Deux jeunes membres plaident pour le candidat du renouveau, aux «faux airs d’Emmanuel Macron».

Thierry Apothéloz à propos de sa commune: Le Lignon n’est pas une zone sinistrée!

Au détour des conversations, on entend que la «solide expérience» de Sandrine Salerno rassure, tout comme la «poigne» de Carlo Sommaruga. Profilée sur le logement, Carole-Anne Kast, elle, est plébiscitée pour son profil tranché, susceptible de ratisser des voix à la gauche de la gauche. «Anne Emery-Torracinta a bataillé ferme au sein de la majorité de droite, elle mérite de poursuivre son action», souffle un membre, «fidèle depuis dix ans», entre deux poignées de main. Une seule certitude, à ce stade: tout reste encore ouvert.

Réactions mitigées 

Alors que le verdict tombe, beaucoup, parmi les militants, se disent déçus de ne pas avoir un panel plus large de profils. A un candidat près, on retrouve la configuration des précédentes élections de novembre 2013. «Peu de place pour les nouvelles têtes, dommage», glisse un membre. «Un ticket à 4 aurait permis de constituer une réelle équipe, déplore la Conseillère administrative d'Onex Carole-Anne Kast. La liste restreinte a privilégié des choix individuels, au détriment de choix collectifs.» 

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