En quittant à 57 ans, il y a onze mois, le Conseil d'Etat neuchâtelois où il a gouverné durant huit ans, le radical Thierry Béguin, nommé hier responsable de l'enquête générale sur l'Université de Genève, caressait l'espoir de rebondir en lorgnant vers la succession de Jean Studer au Conseil des Etats. Ni son parti et encore moins la coalition bourgeoise libérale-radicale-UDC ne l'ont sollicité. Un pestiféré politique, jugé trop centriste, imprévisible, «carrément de gauche», l'a-t-on catalogué lorsqu'il a fait capoter le projet de baisse fiscale cantonale.

L'épicurien Thierry Béguin est laissé à sa retraite avant l'heure. Tout au plus a-t-on fait appel à sa verve oratoire et à sa capacité à manier l'ironie avec goût pour défendre la cause de l'art nouveau à La Chaux-de-Fonds et pour devenir ambassadeur de l'absinthe.

Personnification du consensus, abhorrant la mode et la polarisation, incarnant un sens de l'Etat cher aux fondateurs radicaux de sa République neuchâteloise au milieu du XIXe siècle, admirateur du général de Gaulle, visionnaire lorsqu'il a proposé le transfert des sciences économiques de l'Université de Neuchâtel vers Lausanne, Thierry Béguin reste sur une carrière politico-judiciaire bien remplie: juge d'instruction en 1975, procureur général de 1980 à 1997. De 1987 à 1999, il siège au Conseil des Etats. En 1997, le Parti radical empêtré dans la panade trouve en Thierry Béguin celui qui sauvera son siège au gouvernement cantonal. Ministre de l'Instruction publique, il a initié une réforme de l'Université, nommé le nouveau recteur Alfred Strohmeier et pénétré les méandres du fonctionnement de l'alma mater. Il se dit qu'alors, il n'aurait pas jugé bon de dénoncer quelques pratiques financières discutables.