Relier Neuchâtel à La Chaux-de-Fonds par un téléphérique s’il est impossible de financer le Transrun. Lancée mercredi soir sur la RSR, l’idée du frais émoulu Conseiller d’Etat libéral-radical Thierry Grosjean fait un tabac sur le web, sur le mode caustique. «On pourrait aussi construire un tire-fesse, propose un internaute. Ce serait une bonne façon de relancer le tourisme.» Plus loin: «Et pourquoi pas, tant qu’on y est, un toboggan pour redescendre?»

Les Verts se sont immédiatement engouffrés dans la brèche. Battu lors de l’élection partielle de dimanche dernier, le Vert Patrick Erard a apporté sa pierre à l’édifice sur son profil Facebook. «Je m’étonne de cette idée (…) L’avantage c’est que les téléskis de Chapeau-Râblé et de Tête-de-Ran seront dans l’onde verte et qu’on pourra skier après le boulot. Euh, y’aura une station intermédiaire au Château?»

Les jeunes verts neuchâtelois dénoncent «une idée farfelue». Ils doutent de la faisabilité technique d’un téléphérique enjambant Chaumont, le Val-de-Ruz et Tête-de-Ran. Plus fondamentalement, ils jugent l’installation hors de propos. Impossible de leur donner tort. Le temps de parcours serait, au mieux, d’une demi-heure, soit exactement le temps nécessaire aujourd’hui avec l’actuelle ligne ferroviaire. Difficile, dans ces conditions, d’inciter les gens à abandonner leur voiture pour désengorger le tunnel de la Vue-des-Alpes.

Restent de nombreux problèmes pratiques que les jeunes verts listent avec délectation: que faire des bagages? Et des personnes à mobilité réduite? Sans parler des arrêts de l’installation en cas de vent trop fort, de la protection du paysage ou de l’attente en station. Un point suivi d’une mise au point mi-ironique mi-outrée: «les Montagnes neuchâteloises ne sont pas une station de sports d’hiver mais une région urbaine où viennent et d’où partent travailler chaque jour des milliers de personnes.»

La proposition choc de Thierry Grosjean illustre un sens politique encore déficient. Après avoir martelé durant la campagne qu’il s’engageait à défendre les intérêts du Haut du canton, le vigneron d’Auvernier projette l’image d’une région difficilement accessible, «au sommet des pistes». Avant même son entrée en fonction, il tend le bâton – de ski – pour être battu. Jolie performance.