Agé de 36 ans, le Zougois Thomas Aeschi est le candidat alémanique présenté par l’UDC pour remplacer Eveline Widmer-Schlumpf. Très libéral, très ancré à droite, il se présente mardi devant les autres partis.

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Qu’avez-vous inscrit dans votre agenda à la date du 13 janvier 2016?

C’est mon anniversaire. C’est aussi le jour de la première séance du Conseil fédéral de l’année. Mais je n’ai rien noté de particulier.

Vous avez passé deux ans parlement zougois et quatre au Conseil national. Ce n’est pas beaucoup. Votre candidature pour le Conseil fédéral n’intervient-elle pas trop tôt?

J’ai une expérience militaire et professionnelle. Comme consultant pour des entreprises d’envergure mondiale, j’ai des contacts avec la direction pour améliorer leur efficacité, examiner l’opportunité d’investir de nouveaux marchés. Et je dirige un groupe de consultants. Alain Berset n’avait pas une carte de visite très différente lorsqu’il a été élu. Il avait deux ans de plus que moi, mais n’avait pas non plus siégé dans un exécutif et avait été consultant pour le secteur public neuchâtelois.

Dirige-t-on un gouvernement national comme une entreprise privée?

Bien sûr que non. Le Conseil fédéral est un groupe de sept personnes qui font des choix collégiaux. Le principe de collégialité n’existe pas dans le secteur privé. Les rythmes décisionnels ne sont pas les mêmes non plus. Mais il y a des similarités et je pense que ce serait bénéfique si l’administration était plus proche du secteur privé.

Vous avez beaucoup voyagé et étudié dans des pays plutôt inhabituels, comme la Malaysie et Israël. Pourquoi ces choix?

A 16 ans, j’ai décidé de passer une année aux Etats-Unis dans une famille d’accueil près de Chicago. Je suis ensuite parti trois mois en Amérique du Sud, puis j’ai, pendant mes études à Saint-Gall, voulu faire un échange dans une région que je ne connaissais pas encore: l’Asie. La Malaysie est un pays musulman qui est un carrefour des cultures, car il y a beaucoup de Chinois et d’Indiens dans ce pays.

Et Israël?

C’est un autre pays que je ne connaissais pas. Le conflit israélo-palestinien m’a toujours intéressé. J’ai voulu comprendre pourquoi on ne trouvait pas de solution. C’est pour cela que j’ai passé six mois à l’Université à Tel-Aviv.

Cette découverte du monde a-t-elle une influence sur la manière dont vous concevez les relations entre la Suisse et l’UE?

Cela m’a sans doute influencé. La Suisse est trop focalisée sur l’UE. Il y a plein d’autres pays qui sont tout aussi intéressants et présentent un potentiel de croissance plus grand. Je suis membre de la délégation parlementaire Suisse-AELE/UE. On y discute précisément des possibilités de libre-échange avec les Philippines, l’Indonésie, le Vietnam, l’Inde, le Mercosur. Mais cela ne veut pas dire que nous devons avoir de mauvaises relations avec l’UE.

Votre méfiance remonterait au vote du 6 décembre 1992 sur l’EEE. Vous aviez alors 13 ans? S’intéresse-t-on à cet âge aux relations de la Suisse avec ses voisins?

J’avais le sentiment qu’il n’était pas bénéfique pour la Suisse que l’UE décide de ce qui est bon pour nous autres Suisses.

Mais l’EEE, ce n’était pas ça. C’était un accord commercial.

C’est ce que disaient ceux qui soutenaient cet accord. A l’époque, je n’ai pas fait une analyse approfondie de ce traité. Mais j’avais le sentiment que la Suisse risquait de transférer une partie de son pouvoir à l’UE. Je voulais qu’elle reste souveraine en conservant sa diversité.

L’initiative du 9 février 2014 a conduit la Suisse dans une impasse. Seriez-vous favorable à une clause de sauvegarde pour en sortir?

C’est au Conseil fédéral de dire comment il veut mettre cet article, approuvé par le peuple, en œuvre. Je constate pour ma part que, en Europe et pas uniquement en Grande-Bretagne, on évalue de manière de plus en plus critique les effets de la libre circulation. Et les accords de Schengen-Dublin sont régulièrement violés au sein de l’UE elle-même. Une clause de sauvegarde? Pourquoi pas si elle permet de réduire l’immigration de manière significative. Nous avons demandé aux organisations économiques de nous présenter un concept applicable. Mais nous n’avons encore rien vu de concret. A mon sens, la Suisse peut réduire unilatéralement l’immigration sans que l’UE annule les accords bilatéraux. Elle a un trop grand intérêt à certains accords qui font partie du même paquet que la libre circulation. Je pense à celui sur les transports terrestres.

Vraiment? La Suisse construit et finance seule le nouveau tunnel ferroviaire du Gothard. L’accord bilatéral lui permet de concrétiser l’initiative populaire sur la protection des Alpes par le biais de la redevance poids lourds. Quel est l’intérêt de l’UE à cet accord?

L’Allemagne, la France, l’Autriche, l’Italie ont un intérêt direct à son maintien. Il permet aux transporteurs de traverser la Suisse pour un prix qui ne dépasse pas quelque 300 francs. Sans cet accord, la Suisse pourrait demander beaucoup plus. Cela aurait pour effet de détourner le trafic vers le Mont-Blanc ou le Brenner. Or, les pays voisins ne le veulent pas.

Parmi les autres accords liés à la libre circulation, il y a celui qui facilite les échanges commerciaux des produits. Ne craignez-vous pas que l’UE soit tentée de le laisser tomber pour punir la Suisse si elle restreint la libre circulation?

Il est vrai que cet accord est favorable à la Suisse. Mais le socialiste Rudolf Strahm a fait un constat intéressant. Selon lui, l’UE ne pourrait pas abandonner les règles d’échanges commerciaux contenues dans cet accord à cause des principes de l’OMC, qui interdiraient de défavoriser la Suisse par des restrictions ciblées. Je reste donc convaincu que l’UE ne dira pas non et ne résiliera pas le paquet d’accords si nous restreignons l’immigration. Le Conseil fédéral doit arrêter de prendre pour argent comptant tout ce que les fonctionnaires de l’UE lui disent.

Les diplomates et les membres du gouvernement sont donc des incapables?

La Suisse a de très bons diplomates qui défendent les intérêts du pays. Mais le gouvernement cède trop facilement aux pressions de l’étranger. Il a très vite accepté le nouveau standard d’échange des informations bancaires en pensant que tous les autres feraient de même. La Suisse étant réputée pour son sérieux et sa fiabilité, tout le monde sait qu’elle va mettre ces nouvelles règles en œuvre. Mais il y a d’autres pays qui n’ont pas fait preuve du même zèle. La Suisse cède trop vite et manque parfois de prudence.

Que pensez-vous d’un projet d’accord institutionnel avec l’UE?

Je suis opposé à un tel accord car il impliquerait la reprise automatique du droit de l’UE par la Suisse. Et des juges étrangers. Or, il n’est pas question que la Cour de justice de l’UE interprète les accords bilatéraux. Cette idée est fausse. Un tel accord qui compromettrait la souveraineté de la Suisse. Nous n’en voulons pas.

Quand on vous écoute, on a l’impression d’entendre Christoph Blocher. Quelle influence exerce-t-il sur vous?

Je l’ai côtoyé au sein de la Commission des finances. J’ai appris à faire de bonnes propositions et à choisir les bonnes stratégies. J’ai beaucoup profité de sa grande expérience. Je partage ses idées à propos du risque d'«adhésion rampante» à l’UE. Chaque loi votée en Suisse est systématiquement adaptée à la réglementation de l’UE. A chaque fois, la Suisse perd un peu de sa souveraineté.