Thomas Aeschi est un apôtre de la rigueur financière. Ces dernières semaines, il n'a pas caché que son parcours le profilait idéalement pour reprendre le Département fédéral des finances, devenu libre après la décision d'Eveline Widmer-Schlumpf de ne pas solliciter un nouveau mandat.

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Il apporte notamment son appui à la plate-forme économique qu'on signée ce printemps les président de son parti, Toni Brunner, celui du PLR, Philipp Müller, et celui du PDC, Christophe Darbellay. Un chapitre de ce document est consacré aux dépenses publiques. Dès cette semaine, le parlement va d'ailleurs empoigner le budget 2016. Dans ce cadre également, la droite réclame des économies.

La Confédération dépense-t-elle trop d'argent ?

Les dépenses ont plus que doublé en 25 ans, passant de 31 à 66 milliards de francs. On ne peut pas continuer ainsi. La réforme de l'imposition des entreprises III aura pour conséquence de contracter les recettes fiscales. C'est pour cela que les partis de droite, c'est-à-dire l'UDC, le PLR et le PDC, ont proposé en mars ce printemps de plafonner les dépenses à leur niveau de 2014. C'est ambitieux, mais nécessaire.

Où faut-il réduire les dépenses ?

L'administration emploie de plus en plus de monde et le personnel fédéral bénéficie d'une hausse réelle des salaires et de la compensation du renchérissement ces dernières années alors même qu'il n'y avait aucun renchérissement. Cela ne va pas. Je ne dis pas qu'il faille licencier des gens. Il y a des contrats à respecter. Mais il ne faut plus faire grossir l'effectif de l'administration. Il faut plutôt transférer des gens entre les départements et les offices. Cela doit s'accompagner d'un réexamen des tâches, un travail qui n'a jamais été réellement fait. Les difficultés financières qui s'annoncent obligeront le Conseil fédéral à faire une telle analyse.

Que devrait abandonner la Confédération ?

Dans le secteur de la culture, elle a de plus en plus empiété sur les compétences communales et cantonales. Que la Confédération finance le cinéma, soit ! Mais elle ne doit pas soutenir des événements culturels qui relèvent des cantons ou des communes. On peut aussi réduire l'aide au développement. On a trop augmenté les dépenses dans ce domaine. Et il faut réorienter cette aide vers l'assistance humanitaire là où ses passent les crises, par exemple en Turquie ou en Jordanie. Mais pas en Syrie, c'est trop dangereux.

Et l'agriculture ? Ne faudrait-il pas plafonner les paiements directs et inciter les paysans à résoudre leurs problèmes en discutant en priorité avec les intermédiaires qui leur achètent leurs produits à des prix trop bas ?

L'agriculture a une longue tradition en Suisse et ne peut pas rivaliser avec les Etats-Unis ou le Brésil, où les tracteurs sont dirigés à distance par GPS sur des surfaces énormes. C'est pourquoi je ne suis pas libéral dans ce domaine. Les paysans doivent négocier fermement avec ceux qui achètent leurs produits. Mais, à cause du niveau des prix à l'étranger, le soutien de l’État reste nécessaire. Je pense que le Conseil fédéral a tort de vouloir réduire les dépenses dans ce domaine. L'agriculture et l'armée sont deux piliers de notre société qu'il ne faut pas sacrifier. Or, ce sont les deux secteurs où les dépenses ont le moins fortement augmenté ces dernières années.

C'est aussi votre électorat.

C'est par conviction que je suis favorable au soutien des paysans par la Confédération, pas par réflexe électoral.