L’UDC a douté de l’utilité de la session extraordinaire et réclamé un déconfinement rapide. Le chef du groupe parlementaire, Thomas Aeschi, s’explique.

Le Temps: L’UDC avait émis des doutes sur la tenue d’une session extraordinaire du parlement. A-t-elle été inutile?

Thomas Aeschi: L’UDC a dit qu’elle ne voyait pas l’utilité de tenir une session extraordinaire tant que le Conseil fédéral ne levait pas l’état d’urgence. Or, grâce à nos pressions, il a lancé le processus de déconfinement par étapes. Pas aussi vite que nous l’aurions souhaité. Mais, tout de même, plusieurs activités commerciales ont pu reprendre le 27 avril et les restaurants et les autres commerces peuvent rouvrir le 11 mai. Et Simonetta Sommaruga a assuré que le Conseil fédéral ne recourrait plus au droit d’urgence, sauf s’il y a une deuxième vague.

Dans ces conditions, nous étions d’accord que le parlement se réunisse. Cela a permis de débattre de manière intense du versement des dividendes, des loyers commerciaux et des mesures déjà décidées par le Conseil fédéral.

Cette session extraordinaire a-t-elle coûté trop cher?

Vous pensez aux coûts de location et d’infrastructure? Oui. Nous avons vainement tenté de les réduire. J’ai pu voir tous les contrats signés par les Services du parlement. J’ai la conviction qu’ils n’ont pas négocié avec Bernexpo, dont le conseil d’administration comprend plusieurs socialistes, et que l’état d’urgence a été utilisé pour appliquer des prix excessifs. J’ai pu comparer avec l’offre présentée par la Foire de Lucerne. Elle était bien meilleur marché et, surtout, négociable.

Depuis mi-mars, le Conseil fédéral a eu les pleins pouvoirs. En a-t-il fait un usage correct? En a-t-il abusé?

Il faut attendre la fin de la crise pour procéder à une analyse approfondie de ce que le Conseil fédéral a fait. Il était difficile au départ de savoir comment la pandémie allait se développer. Mais des problèmes sont apparus très rapidement. Le plan de pandémie existant indique combien il faut avoir de masques à disposition. Or, nous ne les avions pas. Alain Berset a longtemps soutenu qu’il n’était pas nécessaire d’en porter un, puis, tout à coup, il le recommande. Nous avons dit très tôt que si l’on prenait des mesures d’hygiène et de distance fortes et contraignantes, la propagation de la pandémie serait ralentie.

Il faut aussi avoir un peu plus de recul avant de pouvoir dire s’il était juste d’arrêter l’économie. La phase la plus critique de la crise est derrière nous, mais le virus est encore parmi nous.

Le Conseil fédéral, où l’UDC a pourtant deux représentants, s’est-il montré trop prudent pour relancer l’économie?

A fin mars déjà, nous avons publié un papier stratégique montrant comment il fallait sortir de la crise. Personne n’en parlait à ce moment-là, surtout pas le Conseil fédéral. Grâce à notre pression et à celle de l’économie et du PLR, le Conseil fédéral a commencé à envisager de rouvrir les commerces. Si l’on respecte les règles d’hygiène et de distance, on peut reprendre quasiment toutes les activités professionnelles et commerciales.

Samedi dernier, lors de notre réunion de groupe, nous avons longuement auditionné le professeur Marcel Salathé, qui développe l’application de traçage. Il nous a montré comment on peut retrouver les personnes avec qui un malade infecté a eu des contacts. On peut les placer en isolement sans mettre toute l’économie du pays au repos forcé. Cette application sera utile pour prévenir une prochaine pandémie.

Et la protection des données?

Chacun est libre d’utiliser cette application ou non. Et j’espère que les clients des restaurants seront aussi libres de fournir leurs données. Personnellement, cela ne me pose aucun problème. Les membres UDC de la commission de l’économie ont réservé une salle dans un restaurant proche de Bernexpo pour la séance de lundi prochain. Nous avons tous donné nos nom et numéro de téléphone. Ce sont de nouvelles réalités avec lesquelles il faut vivre.

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L’application dont vous parlez n’est pas coordonnée avec ce qui est utilisé dans les pays voisins. Faudrait-il mieux coopérer sur le plan international?

Oui. Une coopération plus étroite pour lutter contre le virus serait souhaitable. L’UDC n’est pas opposée à la coopération internationale ni à la conclusion d’accords bilatéraux avec d’autres pays. C’est à la signature d’un accord-cadre qui donnerait trop de pouvoir à Bruxelles que nous nous opposons, si c’est à cela que vous faites référence.

Vous êtes donc d’accord qu’on ne combat pas un tel virus en fermant les frontières.

Il était juste de fermer les frontières. Si on les rouvre progressivement, nous demandons un contrôle systématique de l’état de santé des personnes qui entrent en Suisse. Mais nous rejetons avec détermination le rétablissement de la libre circulation des personnes. Avant d’aller chercher de la main-d’œuvre supplémentaire à l’étranger, nous devons retrouver un emploi pour les 150 000 Suissesses et Suisses qui n’en ont plus.

Les personnes qui ont importé le virus ne sont pas toutes étrangères. Il y a sans doute aussi des Suisses parmi elles. En liant cette crise à l’immigration, ne faites-vous pas preuve d’opportunisme en vue de la prochaine votation sur la libre circulation des personnes?

Cela n’a rien à voir. Il ne fait aucun doute que le Covid-19 a été importé de l’étranger, principalement d’Italie du Nord. Ce n’est pas un hasard si ce sont les régions frontalières, le Tessin, Vaud et Genève, qui ont été les plus touchées. Je reproche au Conseil fédéral de ne pas avoir fermé les frontières plus rapidement.

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Ueli Maurer a clos la session extraordinaire en disant qu’il en avait «assez de cette crise». Et vous?

Tout le monde en a assez de cette crise. Mais il faut admettre qu’elle est encore présente. Nous devons nous y adapter et en tirer quelques enseignements positifs. On peut par exemple en profiter pour passer ses vacances en Suisse. Les Alémaniques pourront découvrir la Suisse romande et les Romands la Suisse alémanique. Un tel rapprochement ne peut être que bénéfique.