Le médiocre score du Parti radical genevois lors des élections fédérales du 19 octobre dernier aura eu raison de lui. Thomas Andres, qui aura présidé le Grand Vieux Parti depuis le 14 mars 2002, démissionne. Ou, manière plus diplomatique de qualifier le geste, ne convoitera pas un deuxième mandat lors de l'assemblée des délégués du 29 janvier prochain.

Ses raisons? La première est d'ordre professionnel. Mais, on s'en doute, ce sont avant tout des motifs politiques qui ont poussé ce cadre de 54 ans, qui travaille au sein d'une compagnie d'assurances, vers la sortie. L'intéressé lui-même admet que «la charge de président de parti, surtout au vu de la situation actuelle du Parti radical genevois, est très lourde. Si je ne souhaite pas un nouveau mandat de deux ans, ce n'est pas parce que je suis usé, mais parce que j'ai peur de faire le mandat de trop. Il est temps de laisser la place à des forces nouvelles.»

Chef du groupe radical du Grand Conseil genevois, Hughes Hiltpold admet pour sa part que la confiance s'était rompue: «Il a senti le 20 novembre dernier (ndlr: lors de l'assemblée des délégués) que des militants lui étaient hostiles et qu'il n'avait plus le soutien de la base.»

De fait, depuis quelques semaines, les critiques à son encontre se multipliaient. Si certains estiment qu'il «manquait singulièrement de vision politique», d'autres n'hésitent pas à affirmer qu'il «réfléchissait trop en tant que Haut-Valaisan», et qu'il n'était dès lors pas capable de prendre toute la mesure culturelle et sociale du canton de Genève.

Aujourd'hui pourtant, Thomas Andres n'a pas l'impression d'avoir aggravé la situation du Parti radical genevois: «Je pense avoir laissé le parti dans un meilleur état que celui qui était le sien en 2001. Mais il faut se rendre compte que si nous sommes dans une situation difficile, c'est aussi en raison des boulets hérités du passé. La logique de l'échec, c'est comme un supertanker, il faut des kilomètres pour l'arrêter.» Et le président radical d'ajouter: «Quand on est au fond, il faut des années pour remonter.» Dans les faits, le Parti radical genevois a, et ce pour la première fois de son histoire, perdu ses deux sièges au Conseil d'Etat en novembre 2001, et la logique de la défaite s'est poursuivie.

L'élection du procureur général Daniel Zappelli, en 2002, a laissé croire un instant que les radicaux se ressaisissaient. Mais cet espoir a été de courte durée. Thomas Andres lui-même espérait que cette élection permettrait à son parti de «perdre son image de loser» (LT du 08.04.2002). Les élections municipales de mars 2003 l'ont pourtant fait déchanter, puisque les radicaux ont perdu à cette occasion deux sièges en Ville de Genève et ont dû se contenter de 8,2% des suffrages. Globalement, les pertes radicales lors des municipales équivalent à une descente aux enfers: 37 sièges perdus dans les législatifs communaux. Dans l'élection complémentaire au Conseil d'Etat de mars, le radical François Longchamp ne réussit pas à damer le pion au socialiste Charles Beer. Enfin, les élections fédérales du 19 octobre dernier ont précipité le Parti radical genevois dans les abîmes. Ne sauvant le siège de John Dupraz au Conseil national que grâce aux apparentements des partis de l'Entente bourgeoise, le parti du centre droit enregistre le plus mauvais score de son histoire, en obtenant un maigre 7,28%. Quant à Françoise Saudan, elle conserve son siège au Conseil des Etats pour un peu plus de 1000 voix d'avance sur le Vert David Hiler.

Pour un radical genevois, le départ de Thomas Andres marque clairement le début de la fin d'une génération: celle des Françoise Saudan, John Dupraz ou encore Gabriel Barrillier. Et pour incarner ce changement générationnel, bon nombre de radicaux avancent un nom: celui de François Longchamp, candidat malheureux au Conseil d'Etat en mars 2003. D'autant qu'au vu de la situation dramatique des radicaux genevois, les candidats à ce poste particulièrement exposé ne se pressent pas vraiment au portillon. Si, officiellement, François Longchamp n'a pas fait acte de candidature – le délai est fixé au 15 janvier prochain –, beaucoup disent cet ancien secrétaire général du Département de l'action sociale et de la santé prêt à reprendre les rênes d'un parti pourtant moribond. Une manière pour lui d'obtenir la visibilité qui lui faisait défaut en mars pour aller à la conquête du Conseil d'Etat genevois en 2005.

Les délégués radicaux pourraient quant à eux profiter de cette passation de pouvoir à la tête des radicaux genevois pour recomposer leur comité directeur ainsi que les structures du parti. Quoi qu'il en soit, le choix du président aura une incidence évidente sur l'avenir ou non d'un rapprochement avec le Parti libéral, rapprochement déjà opéré au plan fédéral.