Diplomatie

Thomas Greminger, l'atout suisse pour l'OSCE

Le directeur suppléant de la DDC brigue le poste de secrétaire général de l’OSCE. Sa candidature a de très bonnes chances, sauf si la nomination fait l’objet d’un deal aux règles opaques

Ce mardi, il s’est envolé pour Moscou après s’être rendu la semaine dernière à Kiev. A son agenda figurent encore Vienne, Ankara et Washington ces dix prochains jours. Ces temps-ci, Thomas Greminger enchaîne les capitales comme d’autres des perles à un collier. L’actuel no 2 de la Direction du développement et la coopération (DDC) mène tambour battant sa campagne pour succéder à l’Italien Lamberto Zannier au poste de secrétaire général de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

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C’est en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité que le patron du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) Didier Burkhalter a sorti de sa manche l’atout suisse pour contribuer à gérer cette organisation de 57 pays. En 2014, lorsque la Suisse avait présidé l’OSCE, les deux hommes avaient déjà constitué un tandem très rodé pour éviter le pire au plus fort de la crise ukrainienne. Le conseiller fédéral sous la lumière des projecteurs, le diplomate tapi dans son ombre, mais toujours présent.

Inconnu du grand public

Malgré cela, Thomas Greminger, âgé aujourd’hui de 56 ans, est resté totalement inconnu du grand public. Après des études d’histoire et d’économie politique à Zurich et à Paris, il entre au DFAE en 1990 et entame une carrière qui oscillera toujours entre la diplomatie et la coopération au développement. Il dirige à Berne la division pour la sécurité humaine avant de partir pour Vienne en 2010 où il devient le représentant permanent de la Suisse auprès de l’OSCE.

A l’époque, cette organisation a quasiment disparu du radar des grandes puissances. En 2011 tout de même, les Etats-Unis doutent que la Serbie ait suffisamment de maturité pour en reprendre la présidence en 2014. Ils contactent la Suisse, qui relève le défi tout en coopérant avec la Serbie. La suite est connue. Le chaudron ukrainien explose au tout début de ce mandat. A la manœuvre, il y a souvent Thomas Greminger, qui dirige le Conseil permanent de l’OSCE cette année-là et convainc ses membres de mettre sur pied une mission d’observation (SMM), aujourd’hui forte de 750 personnes.

Retrouver le terrain

Durant deux ans, cet ancien officier d’état-major de l’armée est revenu à Berne pour y occuper le poste de directeur suppléant de la DDC, chef du «Domaine Coopération Sud», un immense territoire couvrant 21 régions et pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Il a sous ses ordres quelque 900 collaborateurs et gère un budget de 730 millions de dollars. Une grosse responsabilité qui le cloue le plus souvent à son bureau de la centrale de la DDC. Tout pourtant dans ces quatre murs transpire l’envie de retrouver le terrain: les photos souvenirs, les tableaux d’un peintre mozambicain et même trois bicyclettes miniatures qui témoignent de sa passion pour le VTT, qu’il assouvit lors de randonnées dans le Frienisberg ou aux Prés d’Orvin au-dessus de Bienne.

Pas étonnant de le retrouver candidat au poste de secrétaire général de l’OSCE. Il risque fort d’y retrouver un conflit ukrainien enlisé, dont les fronts n’ont quasiment pas bougé depuis son départ et qui fait chaque jour son lot de victimes malgré l’accord de cessez-le-feu de «Minsk II». N’est-ce pas là un constat d’échec pour l’OSCE et de la mission d’observation qu’il a contribué à mettre sur pied?

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«Non, cette mission reste utile pour prévenir une escalade du conflit et pour protéger les habitants de la région», répond Thomas Greminger. Celui-ci admet cependant que la situation politique n’a guère évolué. «Les Allemands ont certes proposé une feuille de route, mais en vain. Les Ukrainiens veulent surveiller la frontière avec la Russie, qui elle exige des progrès politiques sur un statut d’autonomie pour la région du Donbass», analyse-t-il. Bref, le blocage est total.

Quatre rivaux

En Suisse, de la gauche à l’UDC, ce diplomate fait l’unanimité, ce qui est loin d’être une évidence. «Il est discret, efficace et brillant», relève Carlo Sommaruga (PS/GE), membre de la Commission de politique étrangère (CPE). «C’est un excellent diplomate qui sait ne pas trop l’être: il est capable de dire les choses telles qu’elles sont», ajoute Roland Rino Büchel (UDC/SG), le président de ladite commission. Quant à Christa Markwalder, elle se réjouit de cette candidature qui «contribuera à profiler encore davantage la Suisse au sein de l’OSCE».

A Vienne, Thomas Greminger aura quatre rivaux, dont trois anciens ministres des Affaires étrangères. Le plus dangereux d’entre eux semble être le Kazakh Erlan Idrissov. Sur le papier, il est de loin l’homme qui connaît le mieux l’organisation, mais il n’est pas sûr que cet atout soit décisif. La nomination pourrait se faire sur un deal politique aux règles opaques.

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