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Thomas Matter, le banquier qu’il fallait à l’UDC

Le banquier Thomas Matter, qui succédera à Christoph Blocher au Conseil national, a pour mission de tenir tête à Eveline Widmer-Schlumpf sur les finances et la politique bancaire

Thomas Matter, le banquier qu’il fallait à l’UDC

Parlement Le successeurde Christoph Blocherau National a pour mission de tenir têteà la ministredes Finances

Portrait d’une étoile montante de l’UDC

Un libéral égaré dans la droite nationale-conservatrice? Ou un politicien qui sait flairer d’où vient le vent? Dans tous les cas, un bon connaisseur de la finance et de l’économie. Mais à la réputation ambivalente. C’est l’image que renvoie, dans les milieux politiques zurichois, le successeur de Christoph Blocher au Conseil national, le banquier Thomas Matter, 48 ans.

Arrivé quatorzième sur la liste de l’UDC zurichoise aux élections de 2011 pour le Conseil national, Thomas Matter n’espérait sans doute pas siéger durant cette législature au Conseil national. Surtout qu’il n’était que troisième des «viennent-ensuite». La direction du parti avait bien fait pression en mars, lors du départ du banquier Hans Kaufmann, pour qu’il saute un tour. En vain.

Pour l’UDC, il était pourtant essentiel de trouver un successeur à «son» spécialiste de la finance et des affaires bancaires pour tenir tête efficacement à la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf. Notamment au sein de la très convoitée Commission de l’économie et des redevances. Mais le maraîcher Ernst Schibli, qui était passé devant Thomas Matter pour 171 voix, s’est accroché pour retrouver son siège perdu en 2011.

Et les anciens, Toni Bortoluzzi, Hans Fehr ou Max Binder, n’avaient nulle envie de faire de la place. En se débarrassant d’un mandat qu’il n’a jamais vraiment aimé, selon ses dires, Christoph Blocher permet donc à cette étoile montante du parti de donner un coup de jeune à une députation de l’UDC zurichoise vieillissante.

Ce banquier, qui a créé son établissement à 28 ans, avait été un des fondateurs du groupe Swissfirst, avant de l’abandonner après un soupçon de délit d’initié contre l’établissement. Blanchi depuis. Il a ensuite créé la Neue Helvetische Bank en 2011. Il s’est fait remarquer l’an dernier en lançant, seul d’abord, puis avec le concours de diverses personnalités UDC et libérales-radicales, l’initiative «pour la protection de la sphère privée», qui veut préserver le secret bancaire pour les personnes résidant en Suisse.

Il est aussi le fondateur d’une «Communauté d’intérêt des entrepreneurs suisses contre des initiatives hostiles à l’économie», une association qui finance des campagnes contre le salaire minimum, l’imposition des successions ou la limitation des hauts salaires.

En 2011, Thomas Matter n’avait pas ménagé sa peine ni son argent pour être élu. Au volant de son bus Volkswagen, il avait parcouru le canton, à la rencontre des électeurs. Parti très bas sur la liste UDC, au vingt-cinquième rang, il avait progressé de onze places au final.

Pour autant, même si Thomas Matter est très apprécié par la base du parti, si ses critiques de l’UE ou de la libre circulation ne divergent pas de la ligne officielle, tout dans son style le distingue de Christoph Blocher. Pas de gesticulations en bras de chemise, pour ce fils d’un spécialiste des affaires financières de Roche, élevé dans le canton de Bâle-Campagne, d’une élégance recherchée et au discours plus mesuré, moins fulminant, que celui de son leader.

Ce ne sera pas un tribun populaire. «Mais, pour autant qu’il sache ne pas se disperser et se concentrer sur sa spécialité, les affaires économiques et financières, il peut être le digne successeur de Hans Kaufmann, un député influent et écouté pour ses avis», estime le conseiller aux Etats Felix Gutzwiller (PLR). Selon le sénateur zurichois, Thomas Matter est au fond un vrai libéral en matière économique, malgré ses critiques contre l’Europe.

Pour cet autre élu zurichois, «il faudra voir comment il entend se positionner entre la ligne blochérienne qui veut à tout prix prendre ses distances avec l’UE et les intérêts du secteur bancaire qui veut l’accès au grand marché des services financiers».

Lié à l’héritier du groupe Denner – avant qu’il le revende – Philippe Gaydoul, avec lequel il a des investissements communs et des participations croisées, Thomas Matter s’est aussi acheté une popularité en participant au sauvetage financier du club de hockey Kloten Flyers. Avant de revendre ses parts à son partenaire Philippe Gaydoul.

Il n’en reste pas moins que si Thomas Matter est bien intégré dans le cercle restreint de «ceux qui font Zurich», il n’est pas parvenu à faire oublier les accusations d’opportunisme. Avant 2002, ce libéral affirmé avait défendu la libre circulation avec l’UE, avant de faire campagne, douze ans plus tard, pour l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse». Même s’il se montre déçu du manque de ligne claire au PLR, auquel tout le destinait, Thomas Matter, glisse-t-on à Zurich, «a vite vu que l’UDC, en pleine ascension, serait son meilleur tremplin politique».

«Tout le rapprochait du PLR, mais il a vite vu que l’UDC serait son meilleur tremplin politique»

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