Thomas Süssli sera le nouveau visage de l’Armée suisse. L’Argovien de 53 ans remplacera dès 2020 le Valaisan Philippe Rebord, qui avait annoncé son départ en avril dernier pour des raisons de santé. Ce dernier n’aura passé que trois ans à son poste actuel.

Sa nomination est intervenue comme une surprise. Ces dernières semaines, la plupart des spéculations pointaient en effet vers un autre Romand: le divisionnaire vaudois et ancien pilote Claude Meier. Le profil du nouveau venu est également étonnement peu militaire.

Une riche carrière civile

Laborantin en chimie de formation, le futur chef des troupes n'a en effet pas passé toute sa vie professionnelle sous les drapeaux, loin de là. Après son instruction en tant qu’officier et un engagement pour l’ONU en Namibie, l’Argovien a changé d’orientation pour devenir informaticien auprès de la Société de banque suisse à Bâle, passé un brevet fédéral dans la gestion et obtenu un CFC d’analyste financier.

Après avoir décroché un MBA à l’Université de Coire, il a ensuite travaillé pour UBS à Bâle, Zurich et Londres avant de prendre la direction de la branche «produits financiers» de la banque Vontobel à Singapour. Il n'a réintégré le corps des officiers de carrière qu'en 2015.

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«Son expérience dans les domaines à la fois civils et militaires a été décisive», a souligné en conférence de presse, Viola Amherd, la ministre de la défense. Bombardée de questions sur la légitimité de l'informaticien argovien à ce poste, la valaisanne a défendu son poulain: «Thomas Süssli a mené beaucoup de gros projets dans sa carrière précédente et jouit d'une grande expérience dans le domaine cyber. C'est ce dont nous avons besoin pour mener à bien les réformes en cours dans l'armée.»

Quatre mois pour apprendre le français

En off, certains fins connaisseurs sont toutefois sceptiques. «Les capacités intellectuelles ne sont pas le problème, mais je doute que Thomas Süssli connaisse le système de milice de manière assez fine pour mener à bien les dossiers phares du moment, notamment l'acquisition prochaine de nouveau avions de combat, témoigne un ancien cadre de l'armée. J'ai l'impression qu'il y avait une volonté d'effet de surprise. J'espère qu'il ne se retournera pas contre nous».

Qu'à cela ne tienne, le principal intéressé s'est dit «très honoré par sa nomination», visiblement ravi. Marié et père de deux enfants, l’Argovien se concentrera sur son activité actuelle de chef de la Base d’aide au commandement jusqu'à son entrée en fonction, date à laquelle il sera promu commandant de corps. Ce temps sera notamment mis à profit pour améliorer son français, a indiqué le chef de presse du principal intéressé. A l'issue de sa présentation, Thomas Süssli a en effet indiqué ne vouloir répondre aux questions «qu'en allemand».

A un cheveu d'une grande première

A noter qu'il s'en est fallu de peu pour que la nomination du jour ne constitue une première historique. Alors qu'ils étaient quatorze candidats en lice pour briguer le poste de chef de l'armée, la conseillère fédérale a révélé que la brigadière Germaine Seewer, femme la plus haut gradée de Suisse, s'était hissée dans l'ultime carré. C'est toutefois Thomas Süssli - dont le nom signifie «petit chou» en dialecte alémanique - qui l'aura emporté.