Energie

Thomas Vellacott, du WWF: «Avec la Stratégie énergétique 2050, nous ne sacrifions pas la nature»

Le directeur du WWF répond aux accusations de son prédécesseur Philippe Roch, qui rejette la Stratégie énergétique 2050. Selon Thomas Vellacott, elle est compatible avec la protection du paysage et ne restreint que marginalement le droit de recours

Un Comité environnemental composé de «vieux combattants» – le qualificatif vient d'eux-mêmes – de l'écologie, dont Philippe Roch, fait partie, combat la Stratégie énergétique 2050, en particulier les éoliennes et une restriction du droit de recours. Cette prise de position a fâché les ONG actives dans la protection de la nature, qui soutiennent la transition énergétique. Directeur du WWF, Thomas Vellacott leur répond.

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Le Temps: Les organisations de défense de la nature ont signé une «Déclaration» favorable à la Stratégie énergétique 2050. Qu’est-ce qui motive les membres de cette alliance, en particulier le WWF, à soutenir ce projet?

Thomas Vellacott: Les organisations environnementales suivent ce dossier de très près depuis 2011. La SE 2050 présente des avantages. L’efficacité énergétique est encouragée, ce qui diminuera la demande en énergie ainsi que les atteintes à l’environnement. Notre dépendance aux ressources fossiles est également réduite dans deux domaines où la Suisse est mauvaise élève: le chauffage au mazout et notre parc automobile. Le projet améliore la protection des biotopes d’importance nationale comme les marais ou les prairies sèches, qui sont les bijoux de la biodiversité en Suisse. La nouvelle loi interdit d’y construire des installations énergétiques.

– Votre prédécesseur à la tête du WWF Philippe Roch, qui a aussi dirigé l’Office fédéral de l’environnement, critique pourtant le fait que la construction d’énergies renouvelables ait le même intérêt national que la protection de la nature. Cela ne vous dérange-t-il pas?

– Malgré cet intérêt national, il sera interdit de construire dans les biotopes de première importance. En ce qui concerne les sites inscrits à l’Inventaire fédéral des paysages d’importance nationale (IFP), il faudra procéder à une pesée des intérêts dans chaque cas, comme cela se fait déjà aujourd’hui.

– Il vous reproche de faire trop de concessions et de ne pas assez tenir compte de la préservation de la nature. Que répondez-vous?

– Ce reproche n’a aucun fondement. La principale menace pour la nature est le changement climatique, mais les opposants ne s’en soucient pas. Il dit aussi dit que les recours auprès du Tribunal fédéral seraient limités. Or, c’est faux. Le droit de recours concernant les installations de production d’énergie n’est pas touché. Nous n’aurions jamais accepté que ce soit le cas. Le peuple suisse a d’ailleurs confirmé en 2008 qu’il ne voulait pas supprimer le droit de recours des associations. La seule restriction prévue dans la nouvelle loi concerne les possibilités de recours au Tribunal fédéral contre les équipements de transmission de l’électricité tels que les lignes à haute tension ou les transformateurs.

– Les ONG qui ont signé cette «Déclaration» font parfois un usage étendu du droit de recours. N’est-ce pas contradictoire?

– Les derniers chiffres de l’Office fédéral de l’environnement confirment que le nombre de recours contre les installations de production d’énergie déposés par les organisations environnementales - environ 5 par an - est marginal par rapport aux oppositions privées. En revanche, ils ont un taux de succès plus élevé. Il est donc faux de dire que nos associations bloquent la stratégie énergétique. Chaque installation de production d’énergie a un impact sur la nature. Chaque situation doit être analysée séparément, en fonction des dangers qu’elle représente pour les eaux, les oiseaux, etc. La nouvelle loi ne change rien.

– Combien d’éoliennes êtes-vous prêts à accepter en Suisse?

– La loi sur laquelle on vote contient des objectifs pour l’ensemble des nouvelles énergies renouvelables, mais elle n'en donne aucun pour les éoliennes. Le nombre de 1000 avancé par les opposants ne figure pas dans ce texte. Il ne sert qu’à faire peur aux gens. Dans l’étude que nous avons publiée il y a quatre ans, nous parlions d’environ 400 éoliennes. Il y en a aujourd’hui 37. C’est donc dix fois plus. Mais cela ne représenterait que 2 à 3 % de la production alors que le photovoltaïque pourrait couvrir une part de 25 % des besoins en électricité. Il est important de commencer par changer la manière de faire les planifications et mieux travailler ensemble en amont et à long terme, comme nous l’avons fait pour le parc éolien Gries au Nufenen, et à la Montagne de Buttes, dans le canton de Neuchâtel.

– Les opposants évoquent aussi les dangers qu’elles représentent pour les oiseaux. Etes-vous prêts à les sacrifier?

– Bien sûr que non. La Station ornithologique de Sempach n’a pas confirmé les chiffres des opposants, qui disent que 40 000 à 100 000 oiseaux seraient tués chaque année. Mais l’impact de chaque hélice doit être examiné de très près. Il faut bien choisir les emplacements et l’on peut arrêter les installations à certains moments, par exemple lors des périodes migratoires. Je comprends que les défenseurs des oiseaux s’en inquiètent, mais je trouve curieux que le comité référendaire de l’UDC, qui ne s’est jamais soucié d’environnement, s’en préoccupe aussi.

– La SE 2050 prévoit un soutien financier pour les grands barrages. Est-ce justifié?

– L’hydraulique restera le pilier principal de la transition énergétique. Nous saluons le fait que les petites installations hydro-électriques, qui produisent peu d’énergie mais ont un grand impact sur les rivières, ne puissent plus bénéficier de subventions avec la nouvelle loi. C’est une amélioration importante. En revanche, il est nécessaire de soutenir les grands barrages. Mais l’aide doit être ciblée et liée à des conditions d’assainissement, par exemple. Ce qui m’inquiète, c’est que l’UDC, qui n’a pas de scénario énergétique crédible pour l’avenir, demande aussi des subventions pour les centrales nucléaires.

– Le projet sur lequel on vote le 21 mai suffira-t-il à réaliser la transition énergétique? Si une deuxième étape est nécessaire, êtes-vous favorable à des taxes d’incitation?

– La stratégie énergétique vise pour l’instant l’horizon 2035. Mais elle se veut durable. Il n’est toutefois pas nécessaire de faire déjà maintenant une planification exacte jusqu’en 2050. Ce qui compte est de pouvoir garder une certaine flexibilité sur les moyens à mettre en œuvre, que ce soient des mesures incitatives efficaces ou des subventions, pour pouvoir utiliser les instruments qui fonctionnent le mieux selon l’évolution de la situation. Les taxes d’incitation, dont les recettes sont redistribuées à la population, peuvent cependant être très efficaces.


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