Entre les activistes du climat et Credit Suisse, les épisodes se succèdent et ne sont pas près de s’arrêter. Alors que le procureur vaudois fait appel à l’acquittement des 12 militants après l’occupation d’une succursale de la banque à Lausanne, à Genève, le procès qui oppose Credit Suisse à un activiste se tiendra mardi prochain devant le Tribunal de police. Le 13 octobre 2018, le jeune manifestant avait participé à une action symbolique «mains rouges», en posant ses mains remplies de peinture sur la façade du siège, façon de dénoncer les «investissements meurtriers» de la banque. A cinq jours du procès, une délégation est allée apporter au nouveau patron de Credit Suisse à Zurich le rapport du GIEC et un rapport «sur les méfaits de sa banque en matière d’énergies fossiles», accompagné, pour le clin d’œil humoristique, de la partition que jouait l’orchestre du Titanic lorsqu’il sombrait.

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Avant de monter dans le train, les militants ont convoqué la presse et laissé la parole à l’humoriste Thomas Wiesel afin «d’attirer l’attention de Credit Suisse qui nous ignore».

La star du stand-up a pointé avec dérision la disproportion entre les actions de désobéissance civile et la répression judiciaire que subissent les activistes. «Il s’est passé plein de trucs avec Credit Suisse ces derniers temps. Suite à l’affaire des mains rouges, ils ont arrêté un type: la peinture était lavable mais il a été condamné à 20 jours-amendes et Credit Suisse demande 2300 francs de nettoyage. Deux mille balles pour nettoyer une vitre: je crois que Credit Suisse va investir dans le nettoyage de vitres, ça a l’air super rentable. Entre 2016 et 2018, la banque a investi 2 milliards de francs dans des entreprises d’extraction de charbon et 1,9 milliard dans des entreprises de production d’électricité via le charbon. Mais bon, ils sont obligés à cause du profit. Franchement, que la personne qui n’a pas mis 4 milliards dans l’industrie du charbon cette année nous jette la première pierre!»

Quatre revendications

Un militant de BreakFree, collectif d’actions non violentes pour le climat, a listé les quatre revendications adressées à Credit Suisse. «Nous demandons la publication d’une stratégie crédible et le désinvestissement total des énergies fossiles d’ici à 2030. Nous attendons que la banque ne signe pas de nouveaux investissements directs ou indirects dans ces énergies. Nous exigeons la transparence sur ses flux financiers et lui demandons d’arrêter la répression judiciaire qu’elle exerce envers les activistes pour le climat.»

Après avoir avec amusement digressé sur l’affaire des filatures chez Credit Suisse, Thomas Wiesel reprend ses revendications. «Il faudrait leur dire: messieurs dames du Credit Suisse, visiblement vous avez plus de détectives que de banquiers sous contrat, ce serait bien d’aller les faire surveiller Aramco en Arabie saoudite, le plus gros producteur de pétrole du monde, que vous avez aidé à entrer en bourse il y a deux mois; aux Etats-Unis, où vous soutenez une exportation de gaz de schiste; en Allemagne, où vous financez RWE qui extrait le charbon le plus polluant du monde; au Qatar, chez vos actionnaires qui sont les leaders mondiaux du gaz naturel liquéfié; en Arctique, où vous financez des forages; en Alberta, où vous êtes très actifs dans l’industrie des sables bitumineux. Et après, venez nous regarder dans les yeux et nous dire que vous êtes des héros de la cause climatique. La place financière suisse pollue 20 fois plus que tout le pays réuni et tant que ce sera le cas, il y aura des emmerdeurs comme ces bouffeurs de tofu en Birkenstock, ou moi, pour venir vous le rappeler.»

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