A part à Genève, les réseaux de soins ont pris pied avant tout en Suisse alémanique. La Thurgovie est le canton le plus favorable à cette forme de prise en charge. Roman Buff, médecin interniste à Arbon et président de l’Association de Managed Care de la Suisse orientale (300 000 assurés) explique pourquoi: «Le premier réseau a vu le jour en 1995 en Thurgovie en réaction aux plans de la caisse Swica d’ouvrir des centres de santé. La population a suivi très rapidement. Nous sommes un canton rural où les patients ont l’habitude de consulter d’abord leur médecin de famille.» La Swica a quand même fini par ouvrir trois centres employant des médecins dans le canton. Et a confirmé avec ses pratiques une partie des craintes que le corps médical entretient envers des cabinets gérés par les assureurs. Le Blick révélait l’an dernier que les médecins dans ces centres sont incités financièrement à traiter le plus grand nombre possible de patients. Le praticien reçoit des bonus variant selon le nombre de points du tarif de prestations Tarmed. «Une aberration contraire à la philosophie des réseaux», relève Roman Buff. En cas de «oui» le 17 juin prochain, la Swica, comme les autres assureurs, n’aurait plus le droit d’employer des médecins et devrait fermer ses centres.

Depuis 2000, la Thurgovie compte quatre réseaux de soins régionaux. Particularité, les spécialistes peuvent être les médecins de premier recours. «C’est une condition que nous posons lors des négociations avec les assureurs. Selon les affections, cela fait beaucoup de sens qu’un psychiatre ou que le spécialiste d’une maladie chronique soit l’interlocuteur privilégié du patient», explique Roman Buff.

Dans le canton de Zurich, MediX, réseau lancé en 1998, enregistre chaque année une augmentation de près de 15% des patients affiliés à un modèle Managed Care. Soit, entre-temps, quelque 65 000 personnes. «La popularité du modèle ne cesse de croître dans le canton de Zurich. Au point que nous allons bientôt avoir de la peine à trouver des médecins de premier recours», constate Felix Huber, un des fondateurs de MediX.

Les médecins travaillant pour MediX sont en grande majorité des femmes, qui ont souvent des enfants en bas âge et travaillent à temps partiel. Felix Huber insiste: «Les praticiens n’ont pas de rapports directs avec les caisses. Une entreprise externe fait ce travail pour nous.» On trouve en effet dans tous les cantons où les réseaux sont entrés dans les mœurs des sociétés de management pour réseaux qui se sont spécialisées dans la négociation des contrats avec les caisses.

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