Chine

Les Tibétains tenus à l'écart du président chinois lors de sa visite d'Etat en Suisse

A Berne et à Genève, les autorités s'assurent que Xi Jinping ne soit pas confronté à des manifestations

Les Tibétains de Suisses pourront manifester lors de la visite du président chinois Xi Jinping mais avec un certain décalage horaire. Les organisations tibétaines ont ainsi reçu l’autorisation de se réunir à la Waisenhausplatz, à une centaine de mètres du Palais fédéral, dimanche de 10 heures à 12 heures. Le président chinois n’arrivera pour sa part à Berne qu’en milieu d’après-midi. A Genève, les militants tibétains ont cette fois-ci la possibilité de se rassembler sur la place des Nations mardi à partir de 11 heures. Xi Jinping ne se rendra pourtant au siège genevois des Nations unies que mercredi après-midi.

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«Nous sommes bien sûr déçus de cette décision», explique Dawa Tsultrim, secrétaire du Bureau du Tibet à Genève qui précise qu’une demande de manifestation avait été déposée pour mercredi après-midi afin d’avoir un meilleur impact. «Nous aurions pu montrer nos slogans, lui faire honte. Nous sommes pacifiques.» Le responsable des droits de l’homme au Bureau de représentation du Dalaï-lama pense que les autorités ont cédé aux pressions chinoises.

Appel à Xi Jinping 

Emmanuelle Lo Verso, secrétaire générale adjointe chargée de la communication au Département de la sécurité et de l’économie à Genève souligne toutefois que «la question des manifestations a été discutée au niveau fédéral en collaboration avec les représentants tibétains qui ont accepté le plan des manifestations au niveau suisse».

Dawa Tsultrim fait remarquer qu’en février 2015, les autorités bâloises avaient accepté la demande de manifestation de Chinois dénonçant la présence dans cette ville du Dalaï-lama.

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Berne a toutefois promis aux représentants de diverses associations de Tibétains de Suisse de transmettre un appel au président chinois. Celui-ci compte cinq requêtes: la reprise du dialogue entre Pékin et des représentants du Dalaï-lama ; une rencontre d’experts internationaux avec le Panchen-lama détenu par Pékin ; la fin de la torture sur les prisonniers politiques ; la fin de la destruction de l’Institut bouddhiste de Larung Gar ; l’accès enfin d’une mission d’enquête de l’ONU au Tibet. Le Département fédéral des affaires étrangères confirme que cette lettre sera remise à la partie chinoise «dans une forme adaptée».

Pesée d'intérêts

Les manifestations pro-tibétaines aux abords de la place fédérale lors de la précédente visite d’un chef d’État chinois – Jiang Zemin en 1999 – avaient profondément irrité Pékin et provoqué un froid passager dans les relations bilatérales. La Chine s’est à nouveau fâchée l’an dernier lorsque le Dalaï-lama a participé à une conférence organisée par l’ONU à la Maison de la paix à Genève. Des pressions chinoises avaient été exercées sur Berne, l’ONU et les corps diplomatiques en poste à Genève.

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A Berne, c’est le conseil municipal qui a négocié de «manière constructive» avec les représentants tibétains la solution d’une manifestation décalée, expliquait en début de semaine à l’ATS le conseilleur municipal en charge de la sécurité Reto Nause. Un groupe de Tibétains n’exclut toutefois pas des actions ponctuelles durant l’après-midi de dimanche.

A Genève, les services de l’ONU expliquent que la sécurité de cette visite est assurée par les autorités policières du canton. C’est une question de pesée d’intérêts entre l’importance de l’hôte, sa sécurité, et la nécessité de préserver la liberté d’expression dans la «capitale des droits de l’homme». Le président chinois aurait pu par exemple entrer par l’entrée nord du Palais des Nations sans devoir être confronté à la présence des manifestants tibétains.

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