Bilan négatif que celui qui a été tiré par la Commission d'enquête parlementaire tessinoise, mise sur pied dans le cadre de l'affaire dite des «permis faciles» (permessi facili). Dysfonctionnements, absence de contrôles au sein de l'administration, tels sont quelques-uns des griefs principaux, sous forme de conclusions, émis par les trois experts, auteurs du rapport, attendu depuis vingt-neuf mois par les parlementaires tessinois.

Le scandale des autorisations de séjour facilitées avait éclaté en plein «Ticinogate». L'affaire avait secoué le Tessin dans son entier, suite à l'arrestation du juge Franco Verda pour corruption passive et en raison de ses liens étroits avec un contrebandier présumé de cigarettes, l'italien Gerardo Cuomo. Ce dernier avait pu séjourner plusieurs années au Tessin sans être inquiété, et ce malgré un mandat de recherche international émis par les autorités italiennes.

Rapport «à l'eau de rose»

Le travail des experts s'est concentré sur l'examen de 55 cas d'octroi de permis de séjours et/ou de travail. Il a permis de mettre en évidence des disparités de traitements qui seraient à mettre sur le compte de l'absence quasi totale de contrôle au sein de l'administration, ainsi que de carences de séparation de pouvoirs entre les divers services compétents à Bellinzone.

Si, depuis ces événements, le gouvernement tessinois et le Département des institutions en particulier, conduit par Luigi Pedrazzini, ont réagi avec l'instauration d'une autorité de contrôle et de «cloisonnements» entre les services responsables, à plusieurs niveaux d'aucuns ont tout de même dénoncé lundi soir le contenu d'un rapport «à l'eau de rose», tel le ténor de l'UDC, Roger Etter. Pour Fulvio Pezzati, qui était l'avocat de Gerardo Cuomo et qui avait été contraint de renoncer à la vice-présidence du Grand Conseil tessinois, le Tessin et ses institutions n'ont pas su saisir l'opportunité d'un débat de plus grande ampleur, politico-culturel. Pour le député, le Tessin devait se demander si «après l'hystérie institutionnelle et médiatique du «Ticinogate», le canton veut ou non être un autre Montecarlo», comparant la politique d'accueil tessinoise à l'égard de certains étrangers fortunés avec celle menée par la Principauté.

Quoi qu'il en soit, le débat parlementaire n'est peut-être pas entièrement terminé, puisque le rapport des experts s'est matériellement traduit par «un pavé de 258 pages à 4650 francs la page», comme l'a dénoncé la gauche, lundi.

Côté judiciaire, le procès, fixé au mois de juin prochain, de l'avocat luganais Francesco Moretti, soupçonné de blanchiment de narco-lires pour un montant de plus de 62 millions de francs, pour le compte de plusieurs branches de la mafia, et également arrêté dans le cadre du «Ticinogate» pour avoir aussi défendu les intérêts de Gerardo Cuomo, promet de nouveaux échos à ce chapitre tendu de la récente histoire du canton.