JURA BERNOIS

Tiraillés entre fierté et frustration, les employés de Swissmetal ont repris le travail à Reconvilier

Trois employés de Swissmetal Boillat sur quatre ont ratifié l'accord conclu la veille à Berne par leurs représentants avec le conseil d'administration. Le directeur général du groupe, Martin Hellweg, reste à son poste, mais perd de son influence sur l'usine de Reconvilier.

«S'il faut mourir, nous mourrons debout», scandaient les 400 grévistes de Swissmetal Boillat à Reconvilier, au plus fort de leur mouvement, en début de semaine. La détermination teintée de romantisme a laissé place à la mélancolie, jeudi à midi: après avoir voté par 269 voix contre 80 la fin d'une grève entamée dix jours plus tôt, les ouvriers se sont remis au travail. Sans savoir s'ils ont gagné ou perdu la bataille pour la reconnaissance du capital humain contre le cynisme financier. Tiraillés entre fierté et frustration.

La question est là: sortez-vous vainqueurs? Frédéric Chappuis répond: «Nous ne sommes pas perdants. Nous sommes fiers d'avoir donné un coup de pied dans la fourmilière. Mais c'est vrai, on espérait une montagne de chocolat et on doit se satisfaire d'une plaque.»

Jeudi à 10 heures, le contenu de la convention signée la veille à Berne par les représentants du personnel et le conseil d'administration, sous l'égide de la ministre bernoise Elisabeth Zölch, tenu secret durant la nuit, est enfin détaillé à l'assemblée des employés.» C'est un bon accord, dit en préambule le représentant du personnel, Nicolas Wuillemin. Peut-être pas idéal, mais il nous fait sortir de la crise par le haut, plus forts qu'avant. Ne sous-estimez pas ce que nous avons obtenu.» Il sait qu'il doit user de tact pour arracher l'assentiment de ses collègues, car la revendication principale – le licenciement du directeur général Martin Hellweg – n'a pas été satisfaite.» Du moment que nous acceptions de négocier, c'était devenu impossible», confiera-t-il plus tard.

L'accord de Berne préconise une formule médiane: l'organigramme qui chapeaute le groupe Swissmetal est corrigé, même si Martin Hellweg reste CEO. Le financier honni des employés perd ses attributions opérationnelles, que le conseil d'administration confiera à trois directeurs, un pour le site de Dornach, un pour celui de Reconvilier et un pour les ventes. «Le voilà cantonné dans un placard doré», commente un ouvrier qui ne veut plus entendre parler de Martin Hellweg». «Avant son probable et prochain départ du groupe», croit savoir un cadre.

L'accord ne dit pas comment Martin Hellweg et les directeurs des sites de production devront collaborer. Ce qui est sûr, c'est que le patron de Swissmetal Boillat, qui sera choisi ces prochains jours, disposera d'une certaine autonomie dans son usine de Reconvilier. André Willemin, directeur industriel licencié le 16 novembre, ne sera pas réintégré.

L'accord prévoit encore de renoncer aux représailles à l'encontre des grévistes et la fin de la «guerre des sites de production», avec des investissements promis tant à Dornach qu'à Reconvilier. Ce principe ne signifie pourtant pas que Swissmetal installera dans le Jura bernois la presse que le groupe a prévu d'acquérir.

La convention exige l'ouverture de négociations pour revaloriser les salaires: «Une base est déposée, proposant +5% pour les traitements inférieurs à 4000 francs et +3% pour les revenus supérieurs», explique la syndicaliste Fabienne Blanc-Kühn. Elle ajoute que la menace de suppression du 13e salaire est caduque et qu'on ne gagne pas 15% de plus à Reconvilier qu'ailleurs dans la branche: «Le revenu moyen dans l'industrie des machines est de 4700 francs, il est de 4400 chez Swissmetal Boillat.»

Durant l'assemblée du personnel, il y eut bien quelques marques de scepticisme, et un appel «à reprendre le travail, mais à rejeter un accord qui ne nous apporte rien.» Mais la majorité a fait contre mauvaise fortune bon cœur, surtout que dix jours d'arrêt de travail auront des répercussions salariales. Les syndiqués Unia (90% à Reconvilier) recevront 50% de leur traitement grâce au fonds de grève. Le comité central d'Unia, qui se réunit ce vendredi, pourrait se montrer un peu plus généreux pour les bas revenus. Le personnel de Swissmetal Boillat va demander que les heures non travaillées durant la grève soient compensées par les heures supplémentaires. S'il permet de sortir de la crise, l'accord de Berne n'est pourtant qu'une liste de principes. Qui doivent être matérialisés. S'ils doutent de l'honnêteté des tenants du capital, les employés de Reconvilier s'en remettent à la parole donnée par la médiatrice Elisabeth Zölch de vérifier l'application de l'accord. Belle marque de confiance dans le pouvoir politique.

Le Jura bernois industriel est soulagé. La production d'alliages de cuivre et de laiton a ainsi repris, et avec elle, l'activité des décolleteurs qui ont beaucoup souffert de la grève. Reste à vérifier la pérennité du site métallurgique de Reconvilier. Depuis plusieurs mois, il a perdu une bonne partie de ce qui fait sa force: ses compétences humaines. Martin Hellweg avait licencié près d'une dizaine des quarante cadres. Quatre autres s'en iront prochainement.

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