Le financier tessinois Tito Tettamanti rachète la «Basler Zeitung». Il détiendra 75 % des actions du groupe «Basler Zeitung Medien» qui édite le quotidien bâlois, tandis que l’avocat bâlois Martin Wagner - qui était ces dernières années l’avocat de ce même groupe - reprend les 25% restant. Le prix de la transaction n’a pas été révélé. PubliGroupe, qui détenait 37% des actions, s’est également défait de son paquet.

Propriétaire de la «Basler Zeitung» depuis 59 ans, la famille Hagemann a pris la décision en automne dernier de se défaire du journal qui a perdu des lecteurs et beaucoup d’argent ces dernières années. La grave récession qui touche l’économie, mais surtout la pression d’internet «qui met en danger le modèle économique du journal régional», ont conduit à ce pas, a indiqué lundi lors d’une conférence de presse à Bâle Matthias Hagemann, ancien président du groupe et porte-parole de la famille.

En décembre dernier, les spéculations sur un nouvel acquéreur allaient déjà bon train, et le nom de la «NZZ» avait circulé avec insistance. Finalement, la «Basler Zeitung», un des derniers quotidiens alémaniques qui n’appartiennent pas un grand groupe de presse supra-régional, ne tombera pas dans le giron d’un éditeur zurichois. La famille Hagemann a choisi Tito Tettamanti. «Nous avons tout mis en œuvre pour vendre l’entreprise à un repreneur qui ait la volonté et la capacité de maintenir un quotidien fort pour la région bâloise», écrit Matthias Hagemann dans un communiqué.

Martin Wagner, avocat travaillant pour le groupe «Basler Zeitung Medien» depuis plusieurs années, reprend les 25 % restants. Il est aussi président du conseil d’administration de la «Weltwoche» et membre du conseil d’administration de «Springer Schweiz». Selon le site bâlois d’informations en ligne Onlinereports, Martin Wagner vit surtout de mandats de conseil d’administration. Son rédacteur en chef, Peter Knechtli, explique: «Martin Wagner est le nouvel homme fort. Il a toute la confiance de Tito Tettamanti, mais aussi de Matthias Hagemann. Il est difficile de le situer politiquement. Mais je ne crois pas que la Basler Zeitung, qui suit une ligne politique libérale de gauche, va virer à droite comme la Weltwoche. Elle n’aurait pas de succès auprès de la population urbaine des deux Bâles, qui vote en majorité à gauche.»

Le rédacteur en chef actuel de la «Basler Zeitung», Matthias Geering, reste en poste. Le quotidien, qui tire à 88 000 exemplaires, a subi il y a une année une forte restructuration. Un quart des postes de la rédaction avait été alors supprimé.

Vue de Bâle, la vente de la «Basler Zeitung» à Tito Tettamanti est-elle une bonne solution ? «La meilleure solution aurait été que Matthias Hagemann continue. La solution actuelle est difficile à interpréter. Tito Tettamanti est un financier. Ce qui l’intéresse, c’est de faire de l’argent. Il n’est pas un partenaire prêt à s’engager pendant des années. Il peut très bien revendre la Basler Zeitung dans deux ans à la NZZ, à Tamedia ou au groupe Springer», déclare Peter Knechtli.

Tito Tettamanti, qui n’était pas à Bâle lundi, ne siégera pas dans le conseil d’administration. A bientôt 80 ans, le Tessinois, après une carrière éclair en politique à la fin des années 1950, s’est construit un empire financier en revendant à bon prix des entreprises qu’il a acquises tous azimuts. Sa fortune est estimée à 600 millions de francs. Sa dernière action dans la presse remonte à 2002, lorsqu’il rachète le groupe Jean Frey (comprenant la Weltwoche, Bilanz, Beobachter). En 2006, il revend la «Weltwoche» à son rédacteur en chef Roger Köppel, et le reste du groupe Jean Frey au groupe allemand Springer.

Le groupe «Basler Zeitung Medien» comporte, outre le quotidien et la maison d’édition spécialisée en design et architecture Birkhäuser, plusieurs publications régionales. Il emploie 1200 personnes et a atteint un chiffre d’affaires de 263 millions de francs lors de son dernier exercice 2008/09. Son EBEITDA opérationnel se montait à 6 millions de francs.