Le jeune lynx Tito a été retrouvé mort hier matin sur le bas-côté de la route Adelboden-Frütigen, dans le canton de Berne. Selon les premiers résultats de l'enquête, il a été probablement écrasé par une voiture. Pourtant, les chances que Tito ait fait une chute ne sont pas complètement écartées. Ironie de l'histoire, sa mère, Tana, a été retrouvée sans vie en juin de l'année dernière dans des conditions similaires. Elle avait déroché non loin du col du Jaun.

Le jeune lynx avait défrayé la chronique durant l'été 1999, en s'étant rendu coupable de la mort de plusieurs moutons, retrouvés égorgés dans la région de Charmey. Une autorisation de tir, limitée au 31 juillet et à la seule Gruyère, avait alors été délivrée par l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) pour mettre fin à ses agissements. Cette procédure avait déclenché les foudres du WWF, qui avait mandaté un avocat pour jauger les chances juridiques de sauver le jeune lynx. Le félin n'avait finalement dû son salut qu'à sa migration dans l'Oberland bernois, près de La Lenk.

Le corps de Tito a été acheminé au Tierspital de Berne pour autopsie. Il fera également l'objet d'analyses au Musée d'histoire naturelle de la capitale. Les premiers résultats significatifs de ces recherches devraient être communiqués aujourd'hui même. Ils pourront être consultés sur le site Internet du «Projets de recherches pour la conservation et la gestion des carnivores en Suisse» (www.kora.ch).

Tito, muni d'un collier émetteur, était également l'animal vedette de la campagne mise sur pied par Pro Natura, durant l'année 2000, sur les grands carnivores en Suisse. Pour Nathalie Rochat, de Pro Natura, «la mort de Tito est celle d'un animal symbole. Cette disparition nous affecte, car c'était une présence quotidienne. Il représentait l'ensemble des spécimens subadultes qui cherchent de nouveaux territoires. Ces jeunes sont particulièrement exposés aux multiples dangers des régions qu'ils découvrent pour la première fois.»

Les accidents de la route, deuxième cause de mortalité

Le site Web de l'association (www.pronatura.ch) permettait aux internautes de suivre les déambulations du félidé jour après jour. La fin tragique de l'icône des défenseurs de la réintroduction du lynx ne remet toutefois pas en cause les actions de sensibilisation autour de la présence des grands prédateurs dans notre pays. Nathalie Rochat espère «la désignation d'un autre lynx pour continuer le travail d'information. Nous avons une dizaine de jours pour décider du futur de notre action.»

Selon les statistiques officielles de 1999, concernant la Suisse et les pays limitrophes, les accidents de la route (35 cas sur un total de 154) représentent la deuxième cause de mortalité chez l'espèce. La première étant le braconnage, avec 39 lynx abattus. Les jeunes animaux sont les principales victimes: la moitié d'entre eux ne passent pas le cap de la première année de vie.

Rappelons que, depuis le début de l'année, cinq lynx ont été la cible des braconniers. Dernière victime en date: Jule, dont la moitié du collier émetteur a été retrouvée le 23 juin de cette année non loin de la chaîne du Niesen, dans le canton de Berne (Le Temps du 3 août).

Des soupçons pèsent également sur la disparition de Raja, une femelle lynx équipée d'un collier émetteur il y a juste un an, et de son petit. Il y a quelques semaines, les scientifiques du KORA ont perdu sa trace télémétrique, laissant la voie libre à toutes les hypothèses: défaillance du collier ou braconnage.