Débat télévisé

Tollé en Allemagne après l’intervention de Nora Illi en burqa sur un plateau TV

Après l’intervention sur un plateau TV de Nora Illi, vêtue d’une burqa, la presse allemande se déchire pour savoir s’il est légitime d’inviter une représentante de l’islam fondamentaliste à une heure de grande écoute

L’irruption sur le petit écran allemand de Nora Illi, la représentante féminine du Conseil central islamique suisse (CCIS) de Nicolas Blancho, qui ne se sépare jamais de son niqab en public, n’en finit pas de susciter des vagues d’indignation en Allemagne. L’ancienne punk zurichoise convertie à l’islam à l’âge de 18 ans était dimanche soir l’invitée de la chaîne ARD dans l’émission d’Anne Will, devant quelque 5 millions de téléspectateurs, sur le thème de la radicalisation des jeunes. Sur le plateau, il y avait aussi un homme dont la fille est partie en Syrie, un psychologue, l’imam d’une mosquée et un politicien de la CDU, le parti de la chancelière Angela Merkel.

La guerre, «examen de longue durée»

Avant même que l’émission ne soit diffusée, le Ministère public de la Confédération avait fait part à la chaîne allemande de son «irritation» face à la plateforme ainsi offerte à un groupe dont un membre fait l’objet d’une procédure pour violation présumée de la loi interdisant les groupes Etat islamique et Al-Qaida, a appris le Bild. Le malaise envahit le plateau TV à la 47e minute de débat, lorsque la présentatrice reproduit des propos de Nora Illi, publiés sur le site du CCIS. «Il n’y a rien à redire, du point de vue islamiste», face à la volonté de jeunes musulmans, «réprimés dans le monde entier», de partir «se battre contre les sbires d’Assad» en Syrie. Une telle conviction doit être saluée comme du «courage civil», écrit-elle. Quant à la guerre en Syrie, Nora Illi la qualifie d’«examen de longue durée». «Madame Illi, minimisez-vous le fait de partir faire la guerre?» interroge la journaliste. Tandis que la jeune femme explique qu’elle fait preuve de compréhension pour «maintenir le dialogue» avec des jeunes égarés, les invités s’étranglent, dénonçant une propagande inacceptable sur un plateau de la TV publique.

Aucun argument à opposer face aux fondamentalistes

Le sujet est devenu l’un des thèmes les plus commentés sur les réseaux en Allemagne – après l’élection américaine – en début de semaine. Dans la presse, la critique domine. La conservatrice Frankfurter Allgemeine dénonce une «pure propagande». Selon le journal Die Welt, Anne Will n’aurait jamais dû inviter Nora Illi. Le «Bild» qualifie la performance d’«atteinte à la dignité humaine avec le soutien de l’ARD».
Dans ce concert de critiques, le magazine «Focus» détonne en expliquant «pourquoi inviter Nora Illi est juste»: il faut pouvoir entendre les opinions radicales pour les contredire, dit-il en substance. Or, ajoute l’hebdomadaire, la journaliste allemande ne s’est pas montrée assez offensive, laissant le champ libre à son interlocutrice, «comme si notre société n’avait aucun argument à opposer face à l’islam fondamentaliste». Le parti d’extrême droite allemand Alternative für Deutschland (AfD) s’est emparé de l’affaire, épinglant le visage voilé de Nora Illi sur des affiches appelant aux dons, «pour ne plus jamais voir cette image».

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