Toni Bortoluzzi abandonne. Et l'UDC zurichoise est en mal de candidat et surtout de tactique pour l'élection complémentaire au Conseil d'Etat. Un peu moins d'une semaine après le revers subi au premier tour, le menuisier d'Affoltern a décidé de ne pas se représenter le 10 avril. Paradoxalement, c'est surtout du côté de l'UDC qu'on se dit «surpris» par cette décision. Le candidat battu par le PDC Hans Hollenstein dimanche quitte la course pour «éviter à son canton la menace d'une majorité de gauche». Selon lui, le soutien attendu sur sa personne de la part des radicaux reste insuffisant.

Désormais, la balle est dans le camp de l'UDC et, pour Peter Good, depuis moins d'un an à la tête du parti, la tâche s'annonce rude. Le parti en dira davantage lundi. A trois jours d'une assemblée des délégués qui promet d'être décisive, on a guère de perspectives très claires, hormis la nécessité d'un gouvernement de droite. «Il nous faut trouver quelqu'un qui convienne à l'UDC et aux radicaux.»

Pressé de questions, le secrétaire Claudio Zanetti se montre peu explicite mais n'exclut pas que l'UDC se retire de la course. «Pour l'heure, tout est possible. Il faut un candidat de droite capable de gagner.» Reste à savoir si les radicaux, guère en verve et qui ont déjà montré leur réticence face aux méthodes plutôt provocatrices de l'UDC zurichoise, accepteront de jouer le jeu. Une chose paraît certaine: la tension rend nerveux, même hors des frontières cantonales. Selon une source généralement bien informée de la Berne fédérale, Christoph Blocher en personne serait intervenu pour calmer ses troupes zurichoises.

Avec l'abandon de Toni Bortoluzzi, l'UDC laisse s'échapper un candidat représentatif de sa ligne dure, vraisemblablement plus docile que l'actuel chef des Finances, Christian Huber, poussé à la démission par son parti l'automne dernier. Pour le président démocrate-chrétien, Markus Arnold, le désistement du parti, censé soutenir son poulain, était déjà à pressentir dimanche, lorsque celui-ci s'est retrouvé «esseulé» dans sa défaite. «Leur style de politique est en train de faire des dégâts, pas seulement à Zurich.» A Soleure, le seul candidat UDC à l'exécutif, le conseiller national Roland Borer, a abandonné le navire après son septième rang au premier tour dimanche dernier.

«L'UDC paie le prix de son profil d'opposition très prononcé», estime Pascal Sciarini, professeur à l'Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), à Lausanne. La situation prend des allures de dilemme: si l'UDC s'approprie toujours quelque 30% de l'électorat zurichois, elle paie le prix de la majorité absolue requise pour une place au Conseil d'Etat. Sa tâche principale reste la recherche d'alliés.

Après une rencontre avec Peter Good mercredi, la présidente radicale, Doris Fiala, a répété qu'elle attendait, quel que soit le candidat avancé, des «signes» convaincants de remise en question. Elle a particulièrement peu apprécié les récents propos agressifs du conseiller national UDC Christoph Mörgeli à l'égard de Kaspar Villiger à propos de l'affaire Swissair. Cela n'a pas empêché Claudio Zanetti de faire paraître lundi sur le site du parti un article guère plus modéré sur le même sujet.

Toujours est-il qu'on parle quand même de nouveaux candidats, surtout dans la presse. Quelques noms sont apparus ces derniers jours dans les journaux alémaniques, notamment celui du président de la Ville de Winterthur, Bruno Heinzelmann, ou encore, plus connus, ceux des conseillers nationaux Max Binder, sans doute le préféré des radicaux, et Bruno Zuppiger. Déjà pressenti lors du choix des candidats l'automne dernier, Bruno Zuppiger ne s'est pas encore préoccupé de la question. Mais il ne dit pas non.

A ses yeux, le parti doit trouver la personne idéale, car la concordance, seule garante d'efficacité, doit rester possible. Et puis, même si la tâche s'annonce rude, «nous n'avons pas le droit de perdre ces élections.» Point commun entre Zuppiger et Bortoluzzi: tous deux ont été candidats malheureux en mai dernier à la présidence de l'Union suisse des arts et métiers.

Pascal Sciarini poursuit: «Si, à Zurich, l'UDC perd un de ses deux sièges à l'exécutif, il y aura un profond déséquilibre par rapport à son électorat. Quoi qu'il arrive, j'imagine mal une dissension au sein du parti. C'est bien cette frange zurichoise qui a permis son succès.» Pour l'UDC il s'agit, dans le court mois qui lui reste, non seulement de trouver le candidat idéal, mais aussi de se pencher sur sa campagne, sur le style avec lequel elle entend se profiler pour rattraper le retard. A moins qu'elle ne décide, comme à Soleure, de rester à quai pour préparer les élections générales de 2007.