Il faut confier le portefeuille des Affaires étrangères à l’UDC. La prendre au mot. Lors de la prochaine répartition des départements fédéraux, après l’élection d’un second conseiller fédéral UDC, le collège gouvernemental serait bien inspiré d’attribuer les Affaires étrangères au nouvel élu de la droite nationaliste.

D’abord parce que c’est précisément ce que réclame l’UDC International, la nouvelle section du parti de Christoph Blocher. Celle-ci, qui présentera des candidats dans huit cantons en octobre, estime avoir pu constater «les conséquences néfastes des erreurs politiques du DFAE et leurs effets sur la souveraineté helvétique».

Utiliser les compétences en contre-emploi a toujours provoqué quelques surprises. Parfois bonnes. L’UDC a bâti ses succès en profitant, sans grandes résistances, de la voie laissée libre à ses accusations contre les relations bilatérales de la Suisse avec l’UE, la libre circulation des personnes, les accords de Schengen, la passivité de la diplomatie face à l’Italie, l’activité de la Suisse à l’ONU. Il serait bon désormais que l’UDC passe de la critique aux actes.

On attend avec intérêt la réponse d’un ministre UDC des Affaires étrangères à l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations bilatérales avec Bruxelles. Faudra-t-il renoncer aux accords essentiels pour l’économie suisse sur l’électricité, la fiscalité, la chimie, pour ne pas avoir à accepter la reprise automatique du droit européen? Supprimer la libre circulation des personnes, au risque d’une mise en péril de l’ensemble des accords sous l’effet de la «clause guillotine»? Dénoncer nos engagements internationaux en matière de droit de l’homme, contraires à l’application de la règle de l’expulsion automatique des criminels étrangers?

On attend avec intérêt les explications de l’UDC face aux grands patrons de l’économie en mal d’exportation ou de main-d’œuvre, ou devant la menace des organisations onusiennes de se retirer d’une Genève incapable d’assumer son rôle de protectrice des conventions humanitaires. On se réjouit surtout de voir Toni Brunner à Bruxelles tentant d’ouvrir l’accès au marché intérieur européen pour les banques suisses.

Le contre-emploi débouche en général sur deux types de phénomènes. Soit le ministre veut exister, malgré tout. Suivant le principe que tout pouvoir aspire à en acquérir davantage, il se piquera au jeu, cherchera à exister sur le plan international. Alors il lui faudra bien surmonter les contradictions avec l’idéologie de son parti.

Ou, phénomène constaté chez le patron de la Défense Ueli Maurer, il ne parviendra pas à surmonter cette antinomie. Il se contentera d’assumer le minimum, sans réelle influence au sein du collège. Il est temps que l’UDC quitte l’opposition pour assumer à son tour la défense des intérêts de la Suisse à l’étranger.