Sur ses terres du Toggenburg, face aux Churfirsten, Toni Brunner a le ton jovial, tape sur l’épaule du journaliste et se montre un hôte parfait. Mais qu’on ne se laisse pas éblouir par la vue enchanteresse de la terrasse de l’auberge familiale de Sonnenhof. A la veille de la Fête nationale, le fond du discours du président de l’UDC ne s’est pas adouci au moment de rappeler aux médias les priorités de son parti. Toujours aussi inflexible sur l’expulsion des étrangers criminels, le retour des contingents d’étrangers et la fin de la libre circulation ou le refus de toute négociation avec l’UE.

L’UDC s’apprête d’ailleurs à renforcer la pression pour la mise en œuvre de la version législative la plus dure pour son initiative sur le renvoi des étrangers condamnés. Toutes les boîtes aux lettres de Suisse recevront avant le 1er août un tous-ménages expliquant le sens de la deuxième initiative de l’UDC «pour le renvoi effectif des étrangers criminels». Un texte qui reprend le détail des mesures d’expulsion que l’UDC aimerait voir figurer dans la loi, et aboutit donc à une application directe de l’initiative adoptée en 2010. Coût de l’opération: 700 000 à 800 000 francs.

Toni Brunner ne s’en cache pas, la nouvelle initiative qui vient d’être lancée a pour but de faire pression sur le parlement avant même que celui-ci ne commence ses travaux sur la loi d’application. Sans attendre le résultat de la consultation lancée par la ministre de la Justice, Simonetta Sommaruga, sur les deux versions, dure ou au contraire plus soucieuse de la Convention européenne des droits de l’homme, le président de l’UDC dénonce déjà le «sabotage» par le Conseil fédéral de l’application de la volonté du peuple. «Jamais encore la volonté du peuple n’a été bafouée à ce point», car «la version favorisée par le Conseil fédéral reprend les dispositions du contre-projet rejeté par le peuple», dénonce-t-il. Mais «si le parlement travaille bien, alors notre initiative sera superflue», promet-il.

Refus de l’UE, thème phare

L’application de l’initiative sur le renvoi sera la priorité de l’UDC pour le reste de la législature. L’UDC va aussi se concentrer sur ses trois autres initiatives: l’élection du Conseil fédéral par le peuple, le frein à «l’immigration massive» et à la libre circulation, et enfin l’initiative pour la famille.

L’opposition à tout rapprochement avec l’UE reste le thème central de l’UDC, 20 ans après le refus de l’adhésion à l’EEE, rappelle le nouveau vice-président, Claude-Alain Voiblet. Celui-ci ouvre aussi le front contre la présence de la Suisse dans l’espace Schengen, accusé de provoquer une hausse de la criminalité et de faire perdre à la Suisse son contrôle sur la politique migratoire. Tout nouvel accord avec l’UE ne pourrait que conduire à renforcer «la politique de l’entonnoir», selon lui. En acceptant le principe de l’homogénéité du droit entre la Suisse et l’UE, le Conseil fédéral est en train d’accepter la reprise automatique et obligatoire du droit européen.

S’agissant du référendum contre les accords fiscaux Rubik avec l’Allemagne, l’Autriche et la Grande-Bretagne, l’UDC, qui y voit une soumission de la Suisse, a renoncé à s’y engager et ne «va pas sauver le secteur de la finance contre sa volonté», selon Toni Brunner.