Service public

Touche pas à ma SSR: le Conseil des Etats balaie l’initiative «No Billag»

Le Conseil des Etats renonce à lui opposer un contre-projet. Mais les critiques contre la SSR sont venues de tous les bords politiques

Pas de surprise au Conseil des Etats: celui-ci a rejeté à l’unanimité l’initiative «No Billag» qui priverait la SSR de la redevance radio-TV, qui coûte 450 francs par an à chaque ménage. Il n’a même pas évoqué l’idée d’un contre-projet.

A une semaine d’un débat qui s’annonce beaucoup plus houleux au Conseil national, lequel doit se prononcer sur plusieurs motions attaquant frontalement la SSR, le sénat s’est fait l’avocat d’un service public audiovisuel de qualité. D’emblée, il a démasqué les initiants: «Cette initiative ne devrait pas s’appeler «No Billag», mais «No SSR», ont fait remarquer plusieurs de ses membres.

«Une initiative outrancière»

Même si ses auteurs s’en défendent, l’initiative menace l’idée très suisse qu’incarne la SSR d’assurer la même qualité de prestations dans toutes les régions du pays, grâce aux 650 millions consacrés à l’information et aux 300 millions pour la culture. Pas étonnant dès lors que les Latins se soient montrés les plus farouches détracteurs de «No Billag». «Cette initiative est outrancière, irresponsable et irrespectueuse de tout ce qui fait l’ADN de notre pays», a souligné Géraldine Savary (PS/VD). Quant à Raphaël Comte (PLR/NE), il a parlé d’une «initiative de destruction culturelle massive» qui déboucherait sur «une course à la médiocrité».

Le débat public sur l’initiative sera autrement plus sanglant que le nôtre, très consensuel aujourd’hui

Filippo Lombardi, PDC

Comme l’issue du débat était connue d’avance, son intérêt résidait plutôt dans les bémols que mettraient les sénateurs à leur élan de «patriotisme médiatique». Certes polies, les critiques n’ont pas manqué, venant de tous bords. «J’ai le sentiment que la SSR se surestime lorsqu’elle se considère comme le seul gardien de la diversité et de la démocratie», a regretté Werner Hösli (UDC/GL).

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Pour sa part, Filippo Lombardi (PDC/TI) a invité la SSR à quitter l’attitude «arrogante» qui a parfois été la sienne par le passé pour tendre la main et coopérer davantage avec les médias privés. Cela ne pourra qu’apaiser le climat de grogne qu’on ressent au sein de la population, notamment en Suisse alémanique. «Le débat public sur l’initiative sera autrement plus sanglant que le nôtre, très consensuel aujourd’hui», a-t-il averti. Même le socialiste Claude Hêche a assorti son refus de l’initiative de quelques critiques: «Nous attendons de la SSR qu’elle traite les régions périphériques avec respect», a-t-il dit avant de l’inviter à modérer son appétit: «Innover, oui, mais vouloir tout faire, non!»

Urgence

A la chambre basse, les difficultés économiques des médias privés n’ont pas envenimé le débat. La fermeture de «L’Hebdo» et les licenciements prononcés au «Temps» ont été plusieurs fois évoqués, même par des orateurs alémaniques. Cela rend un débat sur l’avenir des médias et sur la manière de les aider «de plus en plus urgent», a encore insisté Géraldine Savary. Mais la ministre des télécommunications Doris Leuthard n’a pas voulu entrer dans le détail des mesures à prendre. Elle a promis d’ouvrir une procédure de consultation à propos de la révision de la loi sur la radio et la télévision au printemps 2018.

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