Toujours plus nombreux, mais si discrets

Migration Les Erythréens arrivent toujours en tête des requérants d’asile

Leur manque d’intégrationest pointé du doigt

Entre juillet et septembre, 7825 nouveaux requérants d’asile sont arrivés en Suisse, 45% de plus que le trimestre précédent. Et parmi eux, 3531 sont des Erythréens. Ils arrivent toujours en tête des demandeurs d’asile, devant les Syriens et les Sri-Lankais. Très discrets, ils font moins de bruit que d’autres communautés et rarement les grands titres des journaux. Mais leur intégration reste difficile: plus de 75% dépendent de l’aide sociale, selon différentes études. C’est le cas de 76% de ceux qui sont au bénéfice d’une admission provisoire, un chiffre qui monte à près de 90% pour les réfugiés reconnus. L’Office fédéral des migrations ne nie pas ces difficultés. Les œuvres d’entraide contactées non plus.

Ce nouvel afflux provoque des crispations. Les Erythréens fuient un régime sanguinaire et continuent à affluer vers la Suisse, où se trouvent déjà de nombreux proches, même si beaucoup partent plus au nord. La Suède, l’Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas et la Norvège figurent, dans cet ordre, parmi les principaux pays de destination des requérants d’asile érythréens, commente l’ODM.

En 2013, 68% ont obtenu l’asile en Suisse; 20% l’admission provisoire. Plusieurs raisons expliquent cette émigration importante: ces derniers mois, 4000 Erythréens parviennent à fuir leur pays chaque mois, selon le HCR. Ensuite, les côtes libyennes sont moins surveillées et l’opération humanitaire Mare Nostrum, qui évite des naufrages en mer, permet des traversées de la Méditerranée moins dangereuses.

Plus de 22 000 Erythréens vivent aujourd’hui en Suisse, une diaspora importante qui a logiquement un «effet aimant». Fait intéressant, les durcissements de l’asile avalisés en juin 2013, dont celui de ne plus reconnaître de facto la désertion comme donnant automatiquement droit à l’asile, n’ont pas freiné la venue d’Erythréens. La plupart fuient un enrôlement de force dans l’armée, et même si la désertion n’est plus suffisante pour obtenir le statut de réfugié en Suisse, les conséquences d’une désertion le sont: les Erythréens qui s’échappent de leur pays sont considérés comme des traîtres et des opposants politiques. De retour au pays, ils risqueraient la torture et de finir leur vie dans des camps de travaux forcés.

Beaucoup d’Erythréens sont traumatisés et peinent à s’insérer sur le marché du travail. Une certaine paranoïa est présente dans la communauté, qui se sent surveillée par les sbires du régime. Enfin, certains sont rackettés et confrontés à des rançons exigées pour libérer des proches enlevés dans le Sinaï. Suffisamment de raisons pour expliquer qu’ils restent souvent entre eux, discrets. Récemment, la communauté s’est sentie stigmatisée: Blick a fait enfler la polémique en évoquant une mère érythréenne avec ses sept enfants habitant à Hagenbuch (ZH), qui coûte près de 60 000 francs par mois à la localité. L’interdiction de travailler pendant une partie de la procédure d’asile reste un frein, signalent des experts. Denise Graf, juriste à Amnesty International, est de ceux-ci. «Il faudrait leur permettre de travailler plus vite, pour s’intégrer directement. Et les former, notamment via des cours de langue», dit-elle.

C’est depuis 2005 que le nombre de requérants érythréens a pris l’ascenseur. Un jugement de l’ex-Commission de recours en matière d’asile a permis aux déserteurs d’obtenir presque systématiquement le statut de réfugié. La décision avait provoqué un bond impressionnant entre 2005 et 2006: 655% de demandes en plus! C’est cette pratique qui a été stoppée le 9 juin 2013. Sans véritable effe t.

La grande majoritédes réfugiés érythréens sont au bénéficede l’aide sociale