Votations du 9 février

La tour qui divise la population de Chavannes

Après l’échec du projet de Bussigny et avant la votation d’avril sur Taoua, à Lausanne, la controverse sur une tour fait rage ailleurs dans l’agglomération, à Chavannes-près-Renens.

«Personne n’est contre le nouveau quartier, c’est cette tour qui divise la population». A peine le public a-t-il droit à la parole, mardi soir lors d’une séance officielle d’information, qu’un participant soulève le point délicat. Le plan de quartier Les Cèdres, sur lequel les électeurs de Chavannes-près-Renens, dans l’agglomération lausannoise, voteront le 9 février, comprend la possibilité de construire une tour haute de 140 mètres.

L’importance de cette potentielle construction – la Prime Tower de Zurich, plus haute tour de Suisse à ce jour ne dépasse pas 126 m – tout comme le flou qui règne sur ses occupants et le trafic qu’elle suscitera – suscite le malaise. Voté à l’arraché en juillet 2012 par le Conseil communal, le plan de quartier a fait l’objet d’un référendum qui a abouti en décembre dernier avec 922 signatures. 700 auraient suffi dans cette commune de 7000 habitants.

Après l’échec subi par un projet à Bussigny en 2012, et avant le vote des Lausannois sur «Taoua», le 13 avril prochain, un nouveau test de popularité des tours se jouera donc dans trois semaines dans l’agglomération lausannoise. Le vote porte sur un plan de quartier et non sur une autorisation de construire, laquelle suivra en son temps. Mais si c’est non, tout sera à refaire alors que la genèse de ce projet de quartier remonte déjà à une vingtaine d’années, a expliqué la Municipalité, présente in corpore.

Pourquoi si haute?

En soi, le projet de quartier des Cèdres aurait tout pour plaire, si l’on se fie à l’ambiance de cette soirée d’information. Il prévoit de réunir en une dizaine d’années 1600 habitants et 1000 emplois sur une surface de 86 000m2, qui est actuellement largement en friche et qui pourrait être desservie idéalement par les transports publics. C’est l’une des «quartiers stratégiques» désignés par le Schéma directeur de l’Ouest lausannois. Ce projet a reçu de ses promoteurs le petit nom de «Cœur de Chavannes», un centre de gravité dont cette commune de l’Ouest lausannois coupée par l’autoroute a manqué jusqu’à présent.

Pourquoi si haute? demande une dame. On comprend des explications officielles que les surfaces plancher que la tour offrira (un quart du total) permettent de maintenir à cinq ou six étages seulement les autres bâtiments, ce qui rendra possible la réalisation d’ un quartier aéré. La Municipalité y voit aussi un geste de modernité, ainsi qu’un «signe territorial à l’échelle de la métropole lémanique». Mais qui occupera cette tour? A l’époque des débats au Conseil communal, les rumeurs sur la venue d’une multinationale avaient fait naître nombre de plaisanteries sur une fictive Dupont et Dupond Trading. «La Municipalité n’est pas en mesure de vous répondre», coupe une de ses représentantes, renvoyant à la responsabilité des promoteurs. La tour sera occupée par des bureaux. Encore que, à l’insistance du public, l’exécutif glisse qu’une part de logements pourrait s’y glisser.

Bernard Nicod dans l’ombre

«Qui le premier a eu l’idée d’une tour de 140m? Je veux un nom et une date», réclame Alain Rochat, enseignant au gymnase et animateur du comité d’opposition. Claude Daetwyler, le chef du service de l’urbanisme de la commune, répond en se référant à des discussions déjà anciennes entre les architectes Jacques Richter et Thierry Chanard et lui-même. A qui appartient la parcelle sur laquelle se dressera la tour? demande encore un participant. Au pépiniériste qui occupe aujourd’hui les terrains, lui répond-on.

Dans la situation de départ, le sol du futur quartier est réparti entre neuf propriétaires et quatorze parcelles. Mais des promesses de vente ont été conclues, de sorte que la réalisation ne ferait plus intervenir que trois propriétaires, la commune, le promoteur Bernard Nicod et son partenaire dans ce dossier, l’entrepreneur Avni Orllati. Ce dernier est un self-made man originaire du Kosovo, dont le nom se retrouve désormais dans nombre de chantiers prestigieux en Suisse romande. Bernard Nicod est le principal interlocuteur de la commune, mais son nom ne sera pas prononcé de toute la soirée. Craignant peut-être que son intervention ne fragilise davantage encore la tour de Chavannes, le célèbre promoteur ne souhaite pas apparaître dans le débat avant la votation.

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