La décision du Conseil fédéral autorisant les banques à livrer les noms de leurs collaborateurs aux autorités américaines soulève des questions lourdes de sens. Curieusement, elle est d’abord tombée, en avril dernier, dans une forme d’indifférence, comme si plus rien ne pouvait surprendre une opinion anesthésiée par la succession de défaites et de désillusions enregistrées par la place financière depuis 2009.

C’est aujourd’hui seulement, alors que les employés commencent à se défendre, mus par un sentiment compréhensible de trahison, que l’on prend conscience de l’énormité de ce qui est advenu. L’immense majorité des collaborateurs concernés n’ont fait qu’exécuter les directives reçues. Les banques, pour sauver leur peau, n’ont pas vu d’autre choix que de les sacrifier. Le Conseil fédéral a apporté la caution de l’Etat à cette issue peu glorieuse, se servant d’un tour de passe-passe juridique qui fait l’unanimité des juristes contre lui.

Peut-être cet épisode se révélera-t-il nécessaire pour trouver une solution au différend qui oppose la Suisse et ses banques aux Etats-Unis. A quel prix et avec quels dégâts? On l’ignore encore, ne serait-ce que parce que l’on ne sait pas quel usage les Américains entendent faire de ces informations.

Il reste à prendre la mesure de la responsabilité collective que portent les banques elles-mêmes mais aussi le Conseil fédéral, pas seulement aujourd’hui, mais depuis des dizaines d’années. A décréter si longtemps le secret bancaire non négociable, le gouvernement n’a pas su anticiper. Depuis deux ans, les pièces de la mécanique juridique complexe mais fragile sur laquelle reposait le secret bancaire sautent les unes après les autres.

Il reste, dans l’immédiat, à mettre sur pied – au sein des banques, voire de l’Autorité de surveillance des marchés financiers (Finma)? – un cadre adéquat pour que la décision prise soit appliquée avec le plus de diligence et de transparence possible pour les employés concernés. Que ceux-ci soient exhaustivement renseignés sur les raisons qui expliquent que leur nom ait été transmis, et sur le contenu de ce qui a été livré, et qu’ils bénéficient, de la part de leur employeur, de la protection juridique voulue.