Pour le gouvernement, les étrangers qui commettent un délit grave passible d’une peine d’un an de prison au moins doivent être renvoyés. «Le Conseil fédéral a en effet décidé de durcir le ton», explique 24 Heures. «On se rappelle qu’une initiative des démocrates du centre demandant leur expulsion automatique avait recueilli 210’000 signatures. Le gouvernement avait alors proposé un contre-projet prévoyant le renvoi des étrangers condamnés à plus de deux ans de prison. La procédure de consultation a [donc] révélé une véritable volonté de serrer la vis.»

Ce que le quotidien vaudois interprète ainsi: «La pression de l’UDC a marché. Du moins pour l’instant.» Et de constater que «le message est très clair: le gouvernement agit» et «essaie de couper l’herbe sous les pieds de l’UDC». Mais sur le terrain? «Les exécutions de renvois s’avèrent […] très compliquées et les cantons, chargés de cette mission, en savent quelque chose.» 24 Heures énumère les obstacles dans son éditorial: la nécessité de connaître la nationalité, le comportement du pays d’origine, les accords de réadmission, le prix des vols spéciaux de rapatriement, pour en conclure qu’«au final, le gouvernement peut bien hausser le ton. Dans de nombreux cas, sa voix ne portera pas bien loin.»

Pourtant, «cela ne suffit pas au parti agrarien», écrit Le Nouvelliste. Même si, «conscient de l’écho que suscite cette discussion au sein de l’opinion publique, [le Conseil fédéral] a […] durci son projet initial». Si Eveline Widmer-Schlumpf dit que la solution «est un catalogue de fait, puisque toutes les infractions entraînant plus d’un an de prison figurent dans le Code pénal, les autorités conserveront cependant une marge d’appréciation», relève le quotidien valaisan. Et c’est précisément là que le bât blesse: pour l’UDC, ce contre-projet est «un exercice alibi qui ne changera guère la pratique actuelle».

Le Conseil fédéral veut «dribbler l’UDC», titre pour sa part Le Courrier. Le quotidien de gauche genevois résume: «Pour un an de prison, ce sera l’exil». Samedi dernier, il écrivait déjà, en élargissant le propos au droit d’asile et à la vision que la Confédération a de la problématique des étrangers en Suisse, qu’en janvier 2009, «un an jour pour jour après l’entrée en vigueur du énième durcissement de la loi sur l’asile, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf communiquait son intention de donner un tour de vis supplémentaire. L’objectif était clairement énoncé: il s’agit de «diminuer l’attractivité» du pays, point final. Cette révision en préparation n’aura bien entendu aucune incidence sur les flux migratoires en direction de notre pays. Ses effets devraient en revanche pénaliser des catégories de réfugiés qui auraient le plus besoin d’une protection, selon les spécialistes. Comme les réformes précédentes, elle ne fera donc que grossir les rangs des recalés de l’asile, ces laissés-pour-compte contraints de survivre avec, au mieux, quelques francs par jour dans l’un des Etats les plus opulents de la planète.»

Outre-Sarine, le Tages-Anzeiger est le seul journal qui consacre son éditorial au sujet. Pour le quotidien zurichois, «aujourd’hui, les cantons ont une trop grande marge d’appréciation sur la manière de se comporter avec les criminels étrangers». Il plaide en tous les cas pour qu’«un retrait de permis d’établissement reste une mesure raisonnable» et «qui ne s’applique pas à la famille des délinquants». Car «ce sont des valeurs essentielles de notre Etat».

Quant à la Neue Zürcher Zeitung, elle parle d’un «réflexe de répression» et de la manière «expéditive» dont Eveline Widmer-Schlumpf a traité le dossier – «Il bastone di Eveline», titre à la une laRegioneTicino. «Comme pour montrer que l’Office fédéral des migrations» – où elle a fait le ménage – «est pleinement fonctionnel». Mais ne faudrait-il pas «une réflexion plus sereine», se demande la NZZ, sur l’augmentation, réelle ou non, de la criminalité étrangère et sur les groupes à risque? Et de plaider également pour «un engagement fort vis-à-vis des fondements d’un Etat de droit et de libertés».

«Pas beau mais nécessaire», commente enfin la Berner Zeitung. Car la Suisse ne veut pas de «pression migratoire», et sans ce contre-projet «défendable», «le risque serait grand que la population se laisse charmer par les sirènes populistes».