Le tour de vis qu'a donné le Conseil des Etats à la loi sur l'asile la semaine dernière a fini de convaincre les socialistes du bien-fondé de l'adhésion de la Suisse aux espaces de Schengen et Dublin. Réunis samedi à La Chaux-de-Fonds pour leur assemblée, les délégués du Parti socialiste (PS) ont plébiscité les deux Accords bilatéraux par 161 voix et 4 abstentions, en prévision des votations fédérales du 5 juin prochain. L'harmonisation des prescriptions européennes dans le domaine de l'asile contenue dans l'Accord de Dublin l'a emporté sur les craintes formulées par certains membres du PS de voir la protection des données se détériorer avec l'Accord de Schengen.

«On voit qu'une vision purement nationale des questions d'asile est incapable d'apporter une solution à un problème international.» Lors de son discours devant l'assemblée, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey n'a pas caché «ses soucis» quant à la compatibilité du durcissement du droit d'asile aménagé jeudi dernier par les Etats avec des traités internationaux comme la Convention des réfugiés de 1951. La cheffe du Département des affaires étrangères (DFAE) a d'ailleurs insisté sur les avantages que pouvait apporter Dublin sur ce point, notamment en garantissant que les requérants ne pourraient plus être chassés d'un pays à l'autre et que tous auraient le droit de déposer une demande. Micheline Calmy-Rey a en outre estimé que Dublin assurerait une meilleure répartition des demandes d'asile sur le sol européen et allégerait ainsi les systèmes mis en place au niveau national. «Cela permettra d'aborder la question de l'asile avec plus de sérénité et, je l'espère, les voix qui s'élèvent constamment pour exiger le durcissement de notre politique d'accueil des réfugiés ne porteront plus aussi loin», a-t-elle ajouté.

Le conseiller national zurichois Mario Fehr et la conseillère fédérale sont également intervenus pour calmer les craintes de ceux qui auraient des doutes par rapport à la protection des données. Ils ont tous deux assuré que Schengen apporterait plus de sécurité, ne remettrait pas en cause les normes suisses et pourrait même améliorer les structures de protection actuelles. La cheffe du DFAE a conclu en invitant l'assemblée à ne pas dire non aux accords bilatéraux pour des «raisons tactiques». Selon elle, un refus de Schengen/Dublin pourrait compromettre l'adhésion de la Suisse à l'Union européenne. Une adhésion que certains socialistes substitueraient volontiers à la voie bilatérale.

Lors de la journée de samedi, les socialistes ont aussi unanimement pris position (165 voix sans la moindre abstention) en faveur du partenariat enregistré entre personnes du même sexe, objet qui cohabitera avec les Accords bilatéraux dans les isoloirs, le 5 juin. Un vote sans surprise, puisque le parti est déjà engagé dans le pilotage de la campagne politique aux côtés des radicaux. C'est le Bâlois Claude Janiak, vice-président du Conseil national et homosexuel déclaré, qui est monté à la tribune pour inviter les délégués à mettre un terme aux discriminations envers les gays et les lesbiennes. La Genevoise Liliane Maury-Pasquier lui a succédé pour plaider en faveur du partenariat, même si elle a regretté que la loi ne permette pas aux couples de même sexe d'adopter ou de faire appel à la procréation médicalement assistée.

Les délégués ont en outre accepté d'entrer en matière sur un concept de politique régionale (lire ci-dessous) et sur deux résolutions. La première revendique une meilleure cohabitation des cultures et des religions en Suisse à la suite de l'incendie de la synagogue de Lugano. L'autre demande que les impôts de succession servent à financer en partie les maisons de soin pour les personnes âgées.