«Je suis épuisé. J’en ai marre d’être la cible constante des polémiques.» Raymond Pernet, président du conseil d’administration du Réseau Santé Valais (RSV), vient de démissionner après avoir passé neuf ans entre pouvoir politique et médecins en rébellion. «Désormais je laisse la place pour apaiser la situation.»

Les voix qui critiquent le RSV demandaient sa tête depuis plus d’une année. «Le mur de Berlin a bien fini par tomber», se réjouit Jean-Claude Pont, professeur de philosophie à l’Université de Genève, devenu porte-parole des insurgés du réseau. «Cet homme est incompétent et c’est bien normal, estime-t-il. De médecin généraliste dans un village, il s’est retrouvé propulsé à la tête d’une entreprise de 4600 employés. Voilà pourquoi il a fait preuve d’autoritarisme. Quand on est dépassé, c’est souvent l’arme choisie.»

Raymond Pernet était député PDC au Grand Conseil au début des années 2000. Seul médecin avec une casquette d’élu, il s’est mobilisé pour trouver des solutions au système de santé valaisan, constitué alors d’une dizaine d’hôpitaux communaux. «J’ai lancé l’idée d’un réseau unique» pour rationaliser les coûts. «Mais il faut se méfier quand on lance une idée, parce qu’ensuite on vous demande de la réaliser», soupire-t-il aujourd’hui. A l’époque, les querelles régionales ont été virulentes, chacun souhaitant conserver qui une maternité, qui un hôpital flambant neuf.

Le bourbier est profond et la crise reprend de plus belle en 2010. Les levées de boucliers suscitées par l’affaire Savioz, un médecin mis à pied pour avoir soumis des dossiers de patients à un collègue des HUG et récemment blanchi par le Tribunal cantonal valaisan, conduisent à un audit du RSV. Les experts reconnaissent fin mars 2011 qu’il existe des problèmes de communication et de gestion du personnel ainsi que des inadéquations dans la répartition des pouvoirs entre conseil d’administration et direction. Le 23 octobre, la fronde menée par des médecins indépendants, appuyée par l’UDC, aboutit à un rejet populaire de la nouvelle Loi sur les établissements et institutions sanitaires (LEIS). Le comité référendaire n’acceptait pas que cette loi soit entérinée par le Grand Conseil sans y inclure les conclusions de l’audit.

Maurice Tornay, conseiller d’Etat, chef de la Santé, doit donc revoir sa copie. Le 23 octobre, déçu, il dénonce une campagne faite de «messages brouillés parfois volontairement par ceux qui ont des intérêts à cela». Le conflit d’intérêts est bien difficile à démêler. Certains y voient une querelle entre les HUG et le CHUV, qui se battent pour le marché valaisan. D’autres, une guerre entre médecins indépendants et praticiens du réseau public. Alors que 2012 ouvrira la libre concurrence entre les hôpitaux et que le nouveau financement des soins rémunérera les actes médicaux, les enjeux financiers semblent omniprésents. «Les années à venir vont être difficiles, augure Raymond Pernet. Les services publics devront assurer les actes médicaux onéreux tandis que les cliniques privées profiteront des plus rémunérateurs.»

Ses deux collègues, Olivier Derivaz et Richard Meyer, quittent le navire en même temps que lui alors que le renouvellement des quatre membres restants du conseil d’administration était déjà planifié pour début 2012. Mais qui choisir pour enfin calmer les esprits? «Il faut quelqu’un qui ait une haute vision du service public et soit capable de dépasser les querelles régionales», estime Raymond Pernet, alors que Jean-Claude Pont parle de «sang neuf». Un changement surtout symbolique pour faire table rase du passé?

La crise n’est pas enterrée, les opposants continuant de réclamer des têtes. Celle de Dietmar Michlig, directeur du RSV, n’est pas encore tombée. Pour l’heure, il est décrit comme «engagé et motivé à mettre en œuvre les recommandations de l’audit» par la porte-parole du RSV, Florence Renggli. Quant à celle de Georges Dupuis, médecin cantonal et chef du Service de la santé, elle roulera d’elle-même d’ici à la fin de l’année puisqu’il prendra sa retraite. Mais Jean-Claude Pont prévient déjà: «Cela ne résoudra rien si à sa place on nomme l’un de ses suppôts.»

Alors que la prochaine session du Grand Conseil compte déjà une quarantaine de propositions en lien avec le RSV, le problème de son statut d’institution autonome de droit public n’est toujours pas posé ouvertement. Pris en tenaille entre politique et médecine, il conviendrait, pour plusieurs observateurs, de lui donner plus d’autonomie. «C’est un adolescent qui doit grandir», dit-on dans le giron paternel de l’Etat. Mais l’heure ne semble pas encore venue.