1er mai

Dans toute la Suisse, des milliers de personnes ont manifesté pour l'égalité salariale

Mardi 1er mai, de nombreux manifestants ont exigé davantage de justice sociale. Les inégalités salariales entre hommes et femmes étaient au centre de tous les discours

Munies d’affiches et de haut-parleurs, des milliers de personnes dans toute la Suisse ont manifesté mardi pour l’égalité salariale entre hommes et femmes. Syndicats et politiciens de gauche exigent que la Constitution soit «enfin» appliquée.

Les manifestants se sont ralliés sous le slogan «Egalité salariale. Point final!» A Zurich, 13 000 personnes se sont rassemblées au centre-ville. Environ 2000 se sont retrouvées à Genève, 800 à Lausanne et 2500 à Bâle.

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37 ans d’attente

Au centre de tous les discours: le salaire des femmes. Le principe d’égalité salariale est inscrit dans la Constitution depuis 1981 et il est plus que temps de la mettre en œuvre. Mais les femmes sont toujours victimes de discriminations, dès leur premier emploi.

Leur salaire est réduit de 7% par rapport à un homme. Elles reçoivent en moyenne 600 francs de moins par mois, un déséquilibre «absurde.» «Il n’y a pas d’excuse», avertit le président du PS Christian Levrat. La discrimination salariale existe et doit être combattue.

Les entreprises qui tolèrent cette différence agissent dans l’illégalité, soulignent mardi les membres des syndicats dans leurs discours. Le peuple demande des changements et il est temps que la politique et l’économie reviennent à la réalité, souligne le Fribourgeois. Il faut mettre un terme à la banalisation de la différence, abonde la coprésidente des Femmes socialistes, Natascha Wey.

Pure discrimination

Cette différence ne peut être expliquée par des facteurs objectifs. L’expérience n’a rien à voir: c’est de la pure discrimination, lance Regula Bühlmann, membre de l’Union syndicale suisse (USS). C’est pourquoi le Conseil fédéral veut introduire des contrôles et des sanctions pour les entreprises.

L’Islande a décidé d’éliminer définitivement l’inégalité salariale d’ici 2022. Avec des mesures et des sanctions contraignantes. Mais le Conseil des Etats ne veut pas en entendre parler. Une femme peut toujours porter plainte. Mais ce processus, long et incertain, se termine souvent par un licenciement, critique Mme Bühlmann.

Au mieux, les sénateurs proposent des mesures volontaires. Et la syndicaliste de s’interroger: «La limite d’alcoolémie est-elle facultative? Et la vitesse sur l’autoroute?»

Acquis attaqués

Trop souvent les acquis des employés sont attaqués, critique le président du syndicat du personnel des transports (SEV), Giorgio Tuti. Et de citer en exemple la réforme des prestations complémentaires et celle de l’AVS. La droite veut maintenant imposer un âge de la retraite plus élevé pour les femmes, mais sans compensations financières.

La droite veut également économiser sur le service public, notamment dans les médias et les transports publics. Les CFF suppriment 1400 postes et veulent encore économiser, sur le dos des travailleurs, en remodelant la convention collective de travail. La direction veut diminuer les salaires, réduire les vacances ou encore augmenter le temps de travail, critique M. Tuti.

«La direction joue avec le feu», ajoute Paul Rechsteiner, président de l’USS depuis Winterthour (ZH). Le directeur empoche les millions et fait pression sur ses employés. M. Rechtsteiner brandit déjà la menace d’une grève.

Justice sociale

A Genève, des revendications pour plus de justice sociale ont aussi été exprimées. Ecologie, paix en Colombie ou encore droits des migrants ont figuré parmi les demandes, aux côtés de la limitation à 10% des travailleurs temporaires sur les chantiers et d’un salaire minimum cantonal à 23 francs, défendus par les syndicats.

«De l’argent, il y en a dans la caisse du patronat», ont scandé les militants. Une soixantaine de personnes du mouvement Pay Your Interns ont bruyamment dénoncé la pratique des stages non rémunérés dans les organisations internationales.

Les inégalités rendent la société plus pauvre, plus malade et plus criminelle, rappelle le conseiller national Corrado Pardini (PS/BE) à Bienne (BE). Elles freinent l’innovation. «C’est notre rôle de stopper cette folie.» Les employés en savent souvent plus et mieux que les managers et les requins de la finance, conclut le socialiste.

Présence des conseillers fédéraux socialistes

Les deux conseillers fédéraux socialistes étaient également présents lors de cette journée. La ministre de la justice Simonetta Sommaruga a visité une fabrique de chocolat à Ennenda (GL). Elle s’est notamment intéressée aux conditions de travail et a discuté de l’égalité des chances pour les femmes avec la direction et les employés. «Il est temps d’avancer.» 

Présent à Sion en début de soirée, le président de la Confédération Alain Berset a dénoncé les inégalités salariales avec plus de virulence: «C'est vraiment un des plus grands scandales qu'il y a aujourd'hui dans notre pays». Et de souligner: «Nous devons agir».

L'assurance-vieillesse a été l'autre volet de son discours. Si la grève de 1918 a lancé le combat pour l'obtention de l'AVS, «aujourd'hui on est confronté à son sauvetage. Ce n'est pas un combat gagné d'avance», a dit M. Berset. Et de conclure qu'une Suisse plus sociale, plus juste est possible, mais «ne se fera pas sans que nous nous engagions fortement pour cela».

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