GENÈVE

La tragédie s’immisce dans la campagne électorale

Attaque frontale de l’UDC envers le conseiller d’Etat PLR Pierre Maudet

La tragédie s’immisce dans la campagne électorale

«Violeur multirécidiviste, Maudet lui offre une balade équestre!» C’est sous cet intitulé que l’UDC a fait parvenir à la presse, vendredi en milieu d’après-midi, un communiqué sur la tragique affaire qui venait d’estomaquer tout Genève. Si des élus ou candidats aux toutes prochaines élections du 6 octobre avaient fait état de leur émotion et de leurs interrogations plus tôt dans la journée sur les réseaux sociaux, le parti blochérien a été le premier à diffuser une réaction officielle. Et l’UDC a visé personnellement le conseiller d’Etat PLR chargé de la Sécurité.

«L’exécutif cantonal est responsable de cette tragédie, explique Céline Amaudruz, présidente de l’UDC genevoise et candidate au Conseil d’Etat. Parti de Pierre Maudet, le PLR a refusé toutes les démarches de l’UDC pour renforcer les peines, notamment à l’égard des délinquants sexuels. Comme citoyenne, comme élue et comme femme, j’ai envie de protester.» Dans un communiqué ultérieur, l’UDC a en outre exigé «l’abandon des programmes thérapeutiques dangereux pour la sécurité publique».

Via Facebook, le candidat UDC au Grand Conseil Xavier Schwitzguébel s’était déclaré plus tôt favorable à la peine de mort dans de tels cas – une position que Céline Amaudruz ne cautionne pas. «Je suis pour l’internement à vie et contre le discours bisounours sur la deuxième chance à offrir», clarifie-t-elle. Avec son communiqué, la politicienne n’a-t-elle pas l’impression de récupérer politiquement un drame? «Il n’y a pas de récupération, puisque nous nous battons depuis des années sur ces sujets», argue-t-elle.

Qu’en pense une femme de gauche comme Anne Emery-Torracinta? «Je connais la famille de la victime, je compatis avec son chagrin et m’abstiendrai donc de tout propos politique pour l’heure à ce sujet», répond la candidate socialiste au Conseil d’Etat. «L’UDC réagit trop vite sur l’émotionnel», estime de son côté Roger Golay, président du MCG qui a passé un accord électoral avec l’UDC. Et de préciser: «A l’interne, quelques membres ont demandé que le parti s’exprime, mais nous ne le ferons pas, par égard pour la famille. La retenue s’impose. Les responsabilités doivent encore être établies. Il incombera ensuite au politique de trouver des solutions pour éviter qu’un tel drame se reproduise.»

«Irrespect»

Répliquant par communiqué à ce qu’il appelle «l’irrespect et l’indécence» sans limites de l’UDC, le président du PLR, Alain-Dominique Mauris, s’offusque: «Je déplore cette réaction démagogique de l’UDC, qui s’empare d’une tragédie pour faire campagne, réagit-il. Ce parti n’a en outre pas compris que le centre de sociothérapie dépend des hôpitaux et non pas du Département de la sécurité.»

Nos interlocuteurs sont dubitatifs quant à l’éventuel impact du drame sur la campagne en cours. Certains estiment que le thème de l’insécurité pourrait monter en puissance. Sur son blog, le magistrat de Veyrier Thomas Barth (PLR) pose la question d’un éventuel report des élections. La loi cantonale permet à l’exécutif de les avancer ou les retarder, de trois mois au maximum, «si des circonstances impérieuses le nécessitent et à titre exceptionnel».

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