Le projet de redevance poids lourds lié aux prestations (RPLP), dont le sort sera décidé par le peuple le 27 septembre prochain, vise principalement à favoriser le transport des marchandises par le rail plutôt que par la route. En lançant son concept «Transports 1999», La Poste propose cependant le contraire: elle envisage de glisser une partie de ses colis et de ses lettres du chemin de fer vers la route. Un pavé dans la mare? Ça en a tout l'air. Pourtant, ce projet, qui a été révélé lundi par le Tages-Anzeiger, ne surprend nullement les CFF. On peut même se risquer à affirmer qu'il arrange l'entreprise ferroviaire.

Reprenons tout ça par le commencement. En prévision de la scission des PTT en deux entités distinctes, La Poste et le secteur des télécommunications – devenu entre-temps Swisscom – se sont engagés dans un vaste processus de rationalisation. Pour La Poste, la réduction des coûts est au cœur des préoccupations.

La distribution des colis et des lettres n'a pas échappé à la réflexion. Le projet «Colis 2000» a l'ambition d'assurer la livraison des paquets à des prix compétitifs, surtout dans les tranches de marché qui ont été ouvertes à la concurrence. Dans cette perspective, l'entreprise a décidé de regrouper le tri dans cinq centres. Deux existent déjà: il s'agit de Berne et de Zurich-Mülligen. Trois autres sont en construction: à Daillens (près de La Sarraz), à Härkingen (dans le canton de Soleure) et à Frauenfeld. Ces installations devraient permettre une cadence de traitement de 30 000 paquets à l'heure. En parallèle, 23 centres de tri des lettres s'occuperont du courrier léger.

Reste à déterminer comment se feront les liaisons entre ces centres et la clientèle. C'est là qu'intervient «Transport 1999». Selon ce projet, la distribution du courrier A et des journaux, de même que l'acheminement des colis et des lettres d'un centre de tri à l'autre continuera de se faire par train. Mais La Poste envisage de renoncer au chemin de fer pour la livraison des lettres et des paquets sur des distances inférieures à 60 kilomètres. Ce projet devrait faire passer de 20 à 50% la part du courrier postal acheminé par la route. «Mais nous continuerons de louer 220 wagons aux CFF», assure le porte-parole de La Poste Claude Barras.

Ce concept va en sens inverse de la politique des transports voulue par le Conseil fédéral et concrétisée par le projet de RPLP. Il ne paraît cependant pas déranger les CFF. «Nous connaissons ce projet depuis longtemps. Nous savons que le chemin de fer peine à être compétitif sur de très courtes distances et que le recours au rail pour ce type de prestations coûte trop cher à La Poste. Nous sommes en revanche forts sur les longues distances et nous nous intéressons par conséquent à rester le partenaire de La Poste pour l'acheminement entre les centres de tri. Nous avons fait une offre commune avec le Berne-Lötschberg-Simplon pour cela», commente le porte-parole des CFF Christian Kräuchi.

Opposition des syndicats

Si la stratégie projetée par La Poste ne semble pas gêner les CFF, il n'en va pas de même des syndicats, qui invitent expressément l'entreprise à privilégier le rail. Ils demandent que La Poste mette au point une politique de transport combiné rail-route dès l'ouverture des trois nouveaux centres de tri des colis, prévue pour le milieu de l'an prochain. Claude Barras annonce que des discussions sont prévues à ce sujet cette semaine. Avec les syndicats, mais aussi avec les cantons et les responsables des entreprises de transports régionaux.

On doute cependant que La Poste revienne en arrière. Selon une étude pilote, son projet de transfert du trafic de courte distance du rail vers la route pourrait lui permettre d'économiser 6 à 22% de ses charges de transport, qui se montent au total à 300 millions par an. Une décision définitive sera prise en fin d'année et le changement de moyen de transport devrait intervenir au moment du changement de l'horaire CFF au printemps 1999.